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TRIBUTES TO JIMI HENDRIX

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Si Jimi Hendrix a connu le succès de son vivant, on aura jamais autant entendu parler de lui que dans les vingt années qui ont suivi sa mort. A l’âge de 25 ans, il s’imposait déjà comme le plus grand guitariste de rock de son époque et sa mort mystérieuse, survenue quatre ans après son premier hit "Hey Joe", acheva de lui conférer le statut de musicien culte.

Quoi qu’il en soit, son héritage musical, tout ancré qu’il était dans les racines de la musique afro-américaine, a inspiré des artistes venus de tous les horizons. Repris, imité, copié, parfois même singé mais - presque - jamais égalé, Jimi Hendrix restera une des figures emblématiques de la musique du XXème siècle, et il serait dommage de ne garder de lui que l’image d’un guitar-hero allumé qui s’adonnait sur scène à des excentricités à la limite du ridicule.

Pour les maisons de disques, le nom de Jimi Hendrix restera à jamais synonyme de gros sous : ressorties homologuées de vieilles bandes pirates, fonds de tiroirs, et des hommages à n’en plus finir, le filon est bien loin d’être tari. Rien ne nous aura été épargné durant toutes ces années. Parmi toutes ces publications / hommages, Scratch en a sélectionné cinq, une bonne poignée de disques dont vous n’aurez surement pas beaucoup entendu parler dans la presse musicale dite spécialisée et qui, bien loin des palotes imitations des Eric Clapton et autres Stevie Ray Vaughan, nous semble constituer un véritable tribut à l’œuvre du grand Jimi.
L’esprit de Jimi Hendrix a toujours habité la musique de George Clinton, et cela depuis la fin des années 60. Les trois premiers albums de Funkadelic (Funkadelic, Maggot Brain et Free Your Mind) distillaient tout particulièrement cette formidable vibration électrique et funky que l’on entendra désormais dans la quasi-totalité des enregistrements du P-Funk. Au sein du collectif de Clinton ont défilé un grand nombre de guitaristes, le premier - et le plus important - restant l’excellent Eddie Hazel. Son album posthume, Rest in P, n’est pas à proprement parler un hommage à Jimi Hendrix mais les références à l’œuvre du Maître y sont si nombreuses qu’il ne pouvait que trouver sa place dans cette chronique. Relic’ delic (Purple Hazel), Until It Rains, Straighten Up, autant de superbes pièces sur lesquelles Eddie Hazel revendique haut et fort la provenance de son inspiration, et il est même épaulé dans son entreprise par un ancien du Band of Gypsys, le batteur Buddy Miles. Bootsy Collins, Bernie Worrell et d’autres piliers du P-Funk sont aussi de la partie et Juicy Fingers, l’une des pièces maîtresses de ce disque devrait convaincre sans peine les plus sceptiques d’entre vous.
Autre production signée George Clinton, plus récente celle-ci, le Tributes To Jimi Hendrix Vol.1 par la P-Funk Guitar Army nous convie à un éblouissant festival de guitare électrique qui dérape insensiblement vers le hip-hop, le funk ou le blues. Eddie Hazel, Michael Hampton et Blackbyrd sont évidemment au rendez-vous et si l’on excepte deux ou trois morceaux un peu faiblards, ce disque vaut le détour.
Même appréciation pour le Tribute To Jimi Hendrix Vol.2 (Return Of The Gypsy). Le disque n’est pas produit par Clinton mais il contient plusieurs contributions de membres du P-Funk comme Bootsy Collins et son Rubber Band, Gary Mudbone Cooper, Michael Hampton ou encore Andre Foxxe, signataire de deux titres enregistrés live qui introduisent et clôturent ce disque en beauté. Autre participant à cet hommage, le multi-instrumentiste Menace, un musicien qu’on a que trop peu souvent l’occasion d’entendre.
Le travail réalisé par Joe Bowie et son Defunkt Special Edition, lui, est tout autre. A Blues Tribute : Muddy Waters & Jimi Hendrix constitue en fait le témoignage d’un concert donné début 1994 à la Knitting Factory à New York. Pour l’occasion, la formation de Defunkt était considérablement modifiée ce soir là et comprenait, outre Kellie Sae et Ronnie Mac Jenkins, le guitariste Jean-Paul Bourelly et son batteur Alfredo Alias. Une bien judicieuse initiative qui, c’était à prévoir, allait porter ses fruits. Au programme de cet album, six reprises de choix de Jimi Hendrix (Little Wings, If 6 was 9, Who knows…), six superbes compositions enjolivées par les solos dévastateurs de Bourelly et qui, sous les inflexions de la voix de Kelli Sae, adoptaient une chaude couleur soul-funky qui faisait parfois défaut aux œuvres originales d’Hendrix. Et pourtant, tout réussi qu’il soit, ce Blues Tribute fait figure de brouillon en regard du travail effectué par Jean-Paul Bourelly dans son Tribute to Jimi.
Jean-Paul Bourelly, on vous en parle souvent dans Scratch. Compositeur inspiré et guitariste absolument phénoménal, il a depuis longtemps assimilé et digéré l’héritage de Jimi Hendrix, et lorsqu’il se permet de reprendre des compositions du Voodoo Chile, c’est pour les remodeler et les recréer à sa convenance ; c’est pour les confronter au spectre d’une conception créatrice plus universelle et surtout plus moderne. En fait, il s’approprie cette œuvre et nous en livre une interprétation pleine de fraîcheur et de personnalité... Une vraie cure de jouvence ! Ainsi, dans son Tribute to Jimi, c’est tout naturellement qu’il greffe des épilogues de son cru à des titres-marathon comme Machine Gun ou Who Knows, et l’introduction qu’il fait dans ce même Who Knows apporte incontestablement un enrichissement mélodique à la composition originale telle que la jouait Hendrix en 1970. Message Of Love, Straight Ahead, Are You Experienced ? et

  Electric Ladyland 

ne sortent pas non plus indemnes de cet impitoyable lifting électrique et Power Of Soul, une composition signée Bourelly, trouve logiquement sa place dans ce furieux torrent de lave incandescente. Finalement, cet album - plus encore que les quatre énoncés précédemment - est bien plus qu’un hommage : c’est au sens propre du terme, un tribut, un apport considérable à une Oeuvre que personne n’a jamais osé (ou réussi) à dépasser. Pourtant, considérer Jean-Paul Bourelly comme un simple héritier d’Hendrix serait terriblement restrictif. D’abord parce qu’il a su mieux que personne appréhender les diverses formes et expressions musicales d’hier et d’aujourd’hui (du jazz au hip-hop) pour mieux les faire siennes. Ensuite, et ça me servira de conclusion, parce que l’héritage laissé par Jimi Hendrix s’est inséré dans toutes les formes et expressions musicales modernes, et on ne pourrait plus réellement dire ce qui est hendrixien et ce qui ne l’est pas. La musique de Jimi Hendrix fait depuis trop longtemps partie de l’inconscient collectif, et c’est d’ailleurs une excellente raison de réécouter les albums qu’il nous a laissé, une fois de temps à autre... Juste histoire de remettre les pendules à l’heure.
Grandmaster DJ X


EDDIE HAZEL « Rest in P » (P Vine)
P FUNK GUITAR ARMY « Tributes To Jimi Hendrix Vol.1 » (P Vine)
VARIOUS ARTISTS « Tribute To Jimi Hendrix Vol.2 (Return Of The Gypsy) » (P Vine)
DEFUNKT SPECIAL EDITION « A Blues Tribute. Jimi Hendrix & Muddy Waters » (Enemy)
JEAN-PAUL BOURELLY « Tribute To Jimi » (DIW / Harmonia Mundi)
JIMI HENDRIX « Are You Experienced ? » « Axis : Bold As Love » « Electric Ladyland » « Cry Of Love » « Band Of Gypsys » (Polydor)