Bossa Nova 2000

by Bob Stereo

Une sélection de titres enregistrés ces dernières années par des artistes qui ont su préserver et faire vivre l’héritage des musiques populaires brésiliennes des années 60 et 70.

Sélection : Bob Stereo
Mix : DJ Tony Swarez

1. Celso Fonseca - Sem Resposta (2003)
2. Vinicius Cantuaria - Praia Grande (2010)
3. Patricia Marx - Baiao de Janeiro (2010)
4. Vitto Meirelles - Separação (2005)
5. Bebel Gilberto - Tudo (2014)
6. Raf Vilar - Entao Ve (2011)
7. Clara Moreno - Bahia Com H (2007)
8. Toco - Versos Perdidos (2014)
9. Aline de Lima - Amor com Solidao (2008)
10. Marcio Faraco - Com Tradicao (2004)
11. Rosalia de Souza - 5 Dias de Carnaval (2009)
12. Arthur Verocai - Caminho Da Roça (2007)
13. Arto Lindsay - Gaiato (2002)
14. Eliane Elias - Aquarela do Brasil (2015)

Mali 2000

mixtape by Bob Stereo

Du Wassoulou à Bamako, 25 ans de musiques populaires du Sud Mali.
Une sélection de Bob Stereo mixée par DJ Tony Swarez.

1. Nahawa Doumbia - Minia (1999)
2. Abdoulaye Diabaté - Gnoko (1998)
3. Cheick Tidiane Seck - Kobénatouma (2006)
4. Koutiakan - Donso (2001)
5. Bamba Wassoulou Groove - Yacouba (2015)
6. Adama Diabaté - Sabafolo (1995)
7. Mama Sissoko - Boma Ma (1999)
8. Djenaba Diakité - DJourouni Lady (1993)
9. Kassé Mady Diabaté - Lafia Jeli (2002)
10. Abdoulaye Diabaté - Foronto (1998)
11. Nahawa Doumbia - Tolon (1997)
12. Diaba Koïta - Khoussa (1994)
13. Zani Diabaté - Djiri Djalan (2012)
14. Ramata Diakité - Saba (1998)

Abidjan 70

mixtape / Bob Stereo

Dans les années 70, la ville d’Abidjan devient le carrefour musical de toute l’Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire offrant à l’époque aux musiciens étrangers des opportunités auxquelles ils ne peuvent souvent prétendre dans leur pays d’origine. La scène musicale abidjanaise déborde alors d’une incroyable vitalité et plusieurs maisons de disques voient le jour.
En 1976 est créée la Société Ivoirienne du Disque, une maison de disques qui s’impose au tout premier plan de la production musicale du pays. A travers le label, ses filiales ainsi qu’à une audacieuse politique de distribution, la S.I.D. publie ou diffuse de nombreux classiques de la musique ouest africaine. La sélection que nous vous proposons est constituée d’une série de 45 tours que la S.I.D. produisit en 1976 et 1977, une sélection de titres jamais réédités et qui aborde des styles très divers : rock, funk, soukous, afro-latin et musique populaire ivoirienne. Les Messagers du Mali, le togolais Sewavi Jacintho et le guitariste gambien Francis Koffi Kingsley y côtoient de grands artistes ivoiriens comme Anoman Brouh Félix, Bony Pascal et ses Cantadors de la Capitale, ou encore Eba Aka Jerome et son groupe le Sanwi Star qui accompagnent ici le chanteur Théodore Boumbhé.

01. Anoman Brouh Félix - Anon assalé
02. Sewavi Jacintho - Mlade dua
03. John Malik & Afrodelic Six - Attiéké oh !
04. Alberto Siassia - Solitude
05. Les Cantadors de la Capitale - Année de la femme
06. Armand Pascal Lido - Wané wah
07. Sewa Jacintho - Innocent
08. John Malik & Afrodelic Six - Osé yé
09. Les Messagers du Mali - Allez à la SONATAM
10. Théodore Boumbhé - Maquis bat son plein Pt 1 & 2
11. Francis Kingsley & Emitaïs - Live in peace

Sélection : Bob Stereo
Numérisation et restauration du son : Marabout Bernard
Mix : DJ Tony Swarez

Ghanaian highlife 1973-1981

La Discothèque Africaine / Bob Stereo

Le highlife fut durant des décennies la musique emblématique du Ghana.
Cette sélection de neuf titres - dont aucun n’a été réédité à ce jour - rend compte des évolutions du genre durant les riches années 70.

Sélection Bob Stereo
Numérisation et restauration Marabout Bernard
Mix DJ Tony Swarez

01. Sammy Cropper « Akwantfi owuo »
02. Kwasi Boateng’s Band « Otwe »
03. Kyerematang Stars « Okwantuni »
04. F. Kenya’s Band « Awielee »
05. Safohene Djeni « Menkoa »
06. Atakora Manu « Canaan akwantu »
07. City Boys Band « Awisia wode nnim »
08. Appia Morroh « Man moeu »
09. African Brothers International « Onyame wo m’afa »

La Disco Afro #7

mixed by Bon-Ton Roulay

Parmi la quantité incroyable de disques récemment disponibles, Bon-Ton Roulay vous a choisi ses rééditions et nouveautés préférées.

SORRY BAMBA DU MALI Astan Kelly
Sorry Bamba Du Mali / Songhoi
Compositeur et multi-instrumentiste malien, Sorry Bamba voit son premier album solo (1977) réédité par le label Songhoi. Légende de la musique malienne, et plus spécifiquement dogon, sa carrière prolifique s’étale de 1957 au début des années 2010. L’album dont il est question ici navigue entre traditon dogon, ryhtmes afro-latins, jazz et funk... Une perle qui était devenue rare et un classique de la musique malienne !

BONCANA MAÏGA Koyma Hondo
Koyma Hondo / Hot Casa Records
Le label de Julien Lebrun et Djamel Hammadi nous gâte encore une fois avec la sortie d’une sélection de morceaux rares sortis entre 1978 et 1982 du producteur et musicien malien (encore un !) Boncana Maïga. Longtemps arrangeur et flutiste pour des musiciens latinos (cubains, colombiens,...), on trouve sur ce disques des morceaux plutôt orientés disco-funk ultra-efficaces. Encore une fois, merci Hot Casa Records !

SUPER MAMA DJOMBO Dissan Na M’Bera / LSD Edit
Radio Mawimbi Volume 2 / Mawimbi
Groupe essentiellement actif dans les années 1970 et début 1980, originaire de Guinée-Bissau, le Super Mama Djombo était un groupe politiquement engagé dans la voie de l’indépendance de leur pays (sous tutelle portugaise jusqu’en 1973) et un symbole des luttes anti-coloniales du continent. Leur plus gros succès, Dissan Na M’Bera est ici revisité par le crew toulousain Love Save The Date aka LSD pour le label afro-electro Mawimbi, sur l’excellente compilation de remix et d’edits Radio Mawimbi Volume 2 sorti il y a quelques semaines.

MULATU ATSAKE Emnete
Taitu Soul-fuelled Stompers from 1970s Ethiopia / BBE Records
Encore une compilation ethio-funk ! Oui , mais sans doute l’une des meilleures et des plus dansantes, avec des morceaux jusqu’ici jamais entendus ailleurs ! On la doit à Ernesto Chahoud, digger et dj germano-libanais, acolyte de JJ Whitefield (un des fers de lance de la scène new-funk allemande). Il a sélectionné sur trois galettes (soit 25 morceaux !) les meilleurs 45 tours issus de sa collection. Au programme, la crème de l’âge d’or de la musique éthiopienne, mélange de r’n’b, de funk, de rock, en mode pentatonique, et chanté en amharic. Un régal !

PAT KALLA & Le Super Mojo Disco Ancien Combattant
Combattant / Favorite Recordings
Vous connaissez sans doute la voix de Pat Kalla à travers ses collaborations avec les lyonnais du Voilaaa Soundsystem, et notamment leur hit « On Te L’Avait Dit » de 2015. Le musicien-chanteur-conteur d’origine camerounaise revient ici en leader avec le Super Mojo Disco, son backing band lyonnais sur cet EP sorti sur Favorite Recordings. Cinq titres produits par Bruno Patchworks Hovart, cinq hit potentiels, cinq bombes pour les pistes de danse, aux influences afro-disco, semba angolais, makossa camerounais, highlife, au son à la fois vintage et très actuel. Une vraie réussite, un disque anti-crise rempli d’énergies positives et de bonne humeur. « Attention c’est médicament » dixit Pat himself. Vivement l’album !!

FREH KHODJA La Coladera
Habibi Funk 007 : An eclectic selection of music from the Arab world / Habibi Funk
Actif depuis presque trois ans, le label Habibi Funk est un des rares sur le marché des rééditions qui s’est donné pour vocation de déterrer des trésors oubliés ou passés inaperçus de la musique seventies des pays arabes. Il sort ici une excellente compilation de morceaux en provenance d’Algérie, d’Egypte, du Liban, etc... qui ont pour point commun d’avoir mélangé des influences occidentales, subsahariennes et caribéennes, avec leur traditions musicales respectives. Bel exemple ici avec un artiste algérien largement inspiré par le style coladera inventé au... Cap-Vert ! Toute la compilation est du même acabit, plongez-y !

GUY ONE Everything I Do
#1 / Philophon
Guy One, compositeur et joueur de kologo (sorte de banjo à deux cordes, joué lors de mariages et autres fêtes du nord du Ghana) est un des leaders du style frafra en provenance du nord du Ghana (dont King Ayisoba est un autre représentant). Le morceau, mix de frafra-music et de highlife, est d’abord sorti en décembre pour annoncer l’album qui vient de sortir dans les bacs sur le très pointu label berlinois Philophon. Produit par Max Weissenfeldt (frère de J.J Whitefield dont il est question un peu plus haut, et tout deux membres des Poets of Rhythms), l’album fait le pont entre traditions et modernité, Europe et Afrique, avec un son typique de l’écurie berlinoise, analogique, gras et chaud comme j’aime.

BASA BASA Together We Win
Homowo / Vintage Voudou
Attention , album culte ! Paru pour la première fois au Ghana en 1979 (sous une autre pochette), l’album dont est issu ce titre mélange highlife, disco, afrobeat et soul d’une manière magistrale. Emmené par les frères jumeaux Nyuku, soutenus et financés à l’époque par Fela lui-même, le groupe emmène son auditoire dans un voyage à la fois dansant et spirituel, psychédélique et synthétique. A noter la présence du morceau cosmique African Soul Power, revisité par Sofrito il y a... dix ans déjà !

BLACK FLOWER Maqam Tizita Saba
Intermediate State / Sdban Belgium
Les belges du combo éthio-dub-jazz Black Flower ont décidés de sortir cet EP entre deux albums, et c’est comme toujours un plaisir de découvrir leur travail à (très) fortes influences éthiopienne et arabes. Je leur laisse le soin d’expliquer leur démarche : « L’inspiration est venue du rituel de « rêve créatif » de Salvador Dali. Avec une paire de ciseaux à la main, il s’asseyait, fermait les yeux et s’endormait. Au moment où son corps et son esprit entraient dans un profond sommeil, les ciseaux tombaient et le réveillaient. Dali commençait alors à peindre en utilisant l’inspiration de ses rêves. Ces peintures peuvent être considérées comme le résultat d’un état intermédiaire entre la conscience et le subconscient, une zone entre éveil et sommeil. »

LAMINE CISSOKHO Folon
Kora +1 / Sing A Song Fighter

Lamine Cissokho est un joueur de kora originaire de Casamance au Sénégal, descendant d’une famille de griots mandingues dont les traditions remontent au 14e siècle. Il voit son cinquième album Kora +1 datant de l’année dernière, ressortir tout récemment en vinyle. Installé depuis une quinzaine d’années en Suède, il est ici accompagné par des musiciens jazz de la scène actuelle suédoise, dont un accordéoniste, un pianiste et un contrebassiste, pour un résultat envoûtant tout en subtilité.

Bon-Ton Roulay

EAST AFRICAN POP MUSIC

by Bob Stereo

La musique populaire est-africaine connait son essor à la fin des années 60, principalement sous l’influence de la rumba congolaise qui envahit alors les ondes radio de plusieurs pays africains, de la Côte d’Ivoire à la Tanzanie. De nombreuses formations voient ainsi le jour sur les scènes de Nairobi et Dar es Salaam, proposant au public de la rumba puis du soukous souvent très bien produits ainsi que des dérivés locaux comme le benga, une musique initiée par D.O. Misiani qui fit fureur au Kenya dans les années 70 et 80. A cette époque, l’Est africain fut aussi une terre d’accueil pour des musiciens congolais, comme Samba Mapangala ou encore le célèbre Super Mazembe Orchestra, qui y firent carrière avec un succès certain.

Malako Disco / Samba Mapangala & Orchestre Virunga

Mama Kamale / Sukuma Bin Ongaro

Nalala Kwa Taabu / Mlimani Park Orchestra

Jaa / D.O. Misiani & Shirati Jazz

Lukasi / Orchestra Super Mazembe

Wed Today Divorce Tomorrow / Gabriel Omolo & his Apollo Komesha

Bibi Joys / Super Bunyore Band

Barua / Issa Juma & the Super Wanyika Stars

Baba Mkwe Pt. 2 / Kakai Kilonzo & les Kilimambogo Brothers

La Disco Afro Mix #5

mixed by Bon-Ton Roulay

Six morceaux sortis de presses en 2017, et face à eux six raretés ou classiques. Voilà le menu de cette sélection afro concoctée par Bon-Ton Roulay pour la news-letter La Discothèque Africaine.

Kodjovi Kush & Afrospot All Stars Vs Tony Allen

Artiste togolais installé à Londres, Kodjovi Kush vient de sortir son premier et très bon album, qui mélange joyeusement highlife, afrobeat et agbadja (rythme traditionnel togolais). Nutifafa, le morceau sélectionné ici faisant la part belle à la rythmique afrobeat, quoi de plus naturel que de le faire suivre par un classique de son inventeur Tony Allen, Road Safety, paru en 1979 sur l’album No Discrimination, d’autant plus que Kodjovi Kush a tourné avec Tony Allen lors de ses dernières tournées.

Belmond Black Vs Sonny Okosun

38 ans après sa première parution plutôt confidentielle, l’unique et superbe album de cet artiste camerounais méconnu retrouve une seconde vie grâce au digger de disques africains Kali AfriKali, dont c’est la première sortie de son label Kena Records. L’artiste est parti à l’époque enregistrer son album à Lagos au Nigeria, comme bon nombres d’autres musiciens à l’époque, là ou l’un des plus grands artistes nigérian, Sonny Okosuns, enregistrait en 1976 son premier album d’ou est tiré le morceau qui suit et intitulé O’Jesu.

Les As Du Golf Vs Baba Commandant & The Mandingo Band

Les 2 morceaux qui suivent ont été écrit et interprétés par des artistes togolais. D’abord Les As Du Golf, qui n’ont enregistrés qu’un seul album devenu très recherché, et dont est issu le morceau sélectionné ici. Il précède un titre de Baba Commandant sorti il y a 2 ans mais qui va très bientôt retrouve le chemin des bacs des disquaires puisque le toulousain Mr Boom a relooké de fort belle manière un des titres les plus puissants de l’album, en le (re)taillant pour le dancefloor. Le label français Mawimbi a repéré le travail effectué par Mr Boom et s’apprête à le sortir en version vinyle d’ici quelques semaines, pour le plus grand bonheur des dj’s... et des danseurs !

Winam Jazz Band Of Africa Vs Migori Superstars Vs Africaine 808

Il semblerait que le Kenya soit à l’honneur ces dernières semaines avec pas mal de sorties autour du style benga qui a enflammé les pistes de danse dans les années 70 et 80 à Nairobi. Avant d’écouter un edit concocté par les toujours très efficaces berlinois Africaine 808 d’un obscure morceau issu de la toute fraîche compilation Flee Project Issue 1 - Benga sur le label du même nom, petit rappel de barème avec ce morceau 100% benga originel de 1976 du Winam Jazz Band Of Africa.

Siassia & Tokobina Vs Orchestre Cavacha

On ne s’éloigne pas tant que ça du Kenya, ni musicalement ni géographiquement, avec la paire de morceaux qui suit, puisque le benga a beaucoup de liens avec la rumba et le soukous du pays voisin le Congo-Zaïre, les deux styles s’étant fortement influencés l’un et l’autre. On peut notamment l’entendre à l’écoute de la première sortie du label Nouvelle Ambiance (petit frère du label Sofrito d’Hugo Mendez associé au digger Nicolas Skliris), sorte de new-wave-minimal-electro-soukous enregistré à Paris dans les années 80. Retour aux sources ensuite avec un morceau de rumba-cavacha-soukous datant de 1975 par le bien-nommé Orchestre Cavacha, du Congo.

Nkotti Francois & The Black Styl 77 Vs Francis Bebey

On repart au Cameroun avec d’abord une autre réédition qui vient de paraitre sur le nouveau label français Nanga Boko Records tenu par le digger (encore un !) Armand de Preseau, fondateur du riche site www.africangrooves.fr. Le premier album du chanteur N’Kotti François parut pour la première fois il y a tout juste 40 ans, et mélange des styles aussi divers que le rock, l’afrobeat, la soul, le soukous, le funk, voire même un soupçon de twist.
Pour clôturer cette sélection, on s’écoute un titre assez rare et ô combien doux pour les oreilles : O’bia du légendaire camerounais Francis Bebey.

Pour recevoir la news-letter La Discothèque Africaine, merci d’envoyer votre e-mail à ladiscoafro (at) gmail.com

Bon-Ton Roulay

Séga lé là !

Deux compilations en un peu plus d’un an, le séga 70’s a enfin la place qu’il mérite dans les rééditions de musique africaine et de la diaspora.

Le séga est le patrimoine musical commun à toutes les îles de l’archipel des Mascareignes : île Maurice, Seychelles, La Réunion, pour ne citer que les plus importantes. Comme les musiques afro-américaines, il s’agit d’une rencontre d’abord entre des rythmes africains pratiqués par les esclaves déportés depuis la côte Est du continent et Madagascar, puis avec les musiques européennes au cours du XIXe siècle. Valses, quadrilles, mazurkas se créolisent, l’accordéon se marie avec les percussions ravanne, kès et kayamb.

A partir des années 50, le séga enregistré s’édulcore peu à peu jusqu’à devenir pour sa partie la plus commerciale une musique sans saveur. A La Réunion, c’est le retour aux racines du maloya qui va amener un renouveau musical à la fin des années 70, tandis qu’à l’île Maurice, le seggae (mélange de séga et de reggae) endosse la fonction contestataire.

La dernière compilation en date, Soul Sega Sa, parue chez Bongo Joe, tout comme Soul Sok Sega parue chez Strut en 2016, s’attache à mettre en valeur les titres plus profonds, plus concernés socialement du séga 70’s, à rebours de l’image de musique légère, consensuelle, voire touristique. Les deux labels ont également sélectionné les titres les plus en phase avec l’oreille 70’s des DJs et du public, en choisissant des titres avec un clavier soulful, une guitare bluesy, ou une innovation électronique.

Je vous recommande également chaudement la compilation Oté Maloya, toujours chez Strut, consacrée à cette musique réunionnaise, aux mêmes racines que le séga, mais restée beaucoup plus dépouillée en raison de son interdiction jusqu’en 1982

  Amour Artificiel 

L’Espadrille

Cameroun 70

+ 2 mixes sur Black Voices

La musique camerounaise des années 70 est d’une richesse incroyable. Depuis treize ans, bien avant le renouveau et l’intérêt actuel pour la musique du Cameroun à travers des rééditions, j’ai recherché pour mon émission radio Black Voices des disques de ce Cameroun des années 70 et 80.
 
Le makossa naît dans les années 50 à Douala, grand port et capitale économique du Cameroun. Cette musique s’appuie sur de fortes basses et des cuivres. Il est issu d’une danse traditionnelle douala, le kossa, avec des influences significatives de jazz, d’ambass bay, de musique latine, de highlife et de rumba. Ses maitres sont Toto Guillaume, Ben Decca, Charlotte Mbango, Moni Bile...
Outre le Makossa, on retrouve aussi le Bikutsi, le rythme Mangambeu de l’Ouest, des Bamilékés. La danse du Bendskin (qui signifie « courber le corps » en pidgin camerounais), le Sékélé, un rythme Sawa très enlevé de l’ethnie de Douala, ou l’assiko.
Dans les années 70, de nombreux artistes camerounais sont imprégnés de funk américain et surtout d’afrobeat, la musique du Nigeria voisin, Fela kuti faisant des émules. L’un des précurseurs et grands créateurs du makossa est Ekambi Brillant, auteur de ballades ou d’afro funk dans les années 70 sur le label Fiesta. Habillé à la mode américaine de l’époque, favori / pat d’eph, Ekambi Brillant mélange makossa et funk à la James Brown comme avec ses albums Africa Oumba (1975), Nayo Nayoen (1976), Djambo’s Djambo (1977) et Great Bonam (fin 70s).
 
Eko Roosevelt fut également l’un des grand producteurs et artistes du makossa camerounais de cet âge d’or. Il a sorti cinq albums dans les années 70, en particulier sur le label Dragon Phoenix (sous-label de Safari Ambiance). Eko Roosevelt joue une musique tirée du makossa et teintée de funk, de disco, de soul ou de jazz. Il s’illustre en 1975 avec sa chanson Nalandi (qui signifie « Je pars » ou « Je m’en vais ».) En 1976, il lance le groupe Dikalo avec un unique album incroyablement funky : African Sound, avec Sammy Massamba à la guitare, Vicky Edimo à la basse et Martin Socko Moukoko.
 
Excellent chanteur et guitariste, Tala Marie André utilise les langues bamiliké, française, anglaise, et douala pour faire passer ses messages. Sa discographie prolixe (une dizaine d’albums) s’est, au fil des années, enrichie de tubes typiques du terroir bamiléké (Saya…) et de son pays le Cameroun (O Tiya, Café, Pousse-Pousse, Potaksina, Na Mala Ebolo, Binam…). Le mélange musical de Tala Marie André s’appelle le style makassi, fusion du traditionnel tchamassi, de la rumba congolaise, du makossa et surtout du funk.
Beaucoup d’artistes camerounais ont sorti fin 70 des albums teintés de funk et de disco comme Pierre Didy Tchakounte et Momo Joseph.

¬ Vous pouvez prolonger cette redécouverte des musiques camerounaises en écoutant l’émission Black Voices qui diffuse fréquemment de la musique camerounaise.
¬ Excellente sélection réalisée par Agbara parti digger
au Cameroun quelques semaines aux côtés de Kêtu Records.
En résulte une session de 50 minutes incroyables.

Sélection Only Vinyl par Agbara Sound System
CAMEROUN 70

Sélection Only Vinyl par Mat Black Voices
CAMEROUN BOOGIE

Mat Black Voices

Max Cilla

Se plonger dans l’univers de Max Cilla et son album La Flûte des Mornes vol.1, c’est entamer un voyage à la fois musical et spirituel.

Grâce aux label et disquaire Bongo Joe & Sofa Records, le trip est de nouveau à la portée de tou(te)s, puisqu’ils ont décidé d’unir leurs forces pour rééditer cet album étiqueté (sans doute un peu rapidement) spiritual jazz, enregistré en 1981, et devenu entretemps aussi culte que rare.

Max Cilla nait en 1944 en Martinique, plus précisément au Lamentin, entre les champs de canne à sucre, la garrigue en friche et les ravines.
À l’âge de 15 ans, il se met en tête de restaurer et (re)mettre au point le processus de fabrication de la toutou’n bambou, sorte de flûte artisanale en bambou, jouée traditionnellement dans les Mornes, ces collines martiniquaises qui surplombent l’île.
Dans les années 70, il la renomme la Flûte des Mornes, crée sa tablature et en fait un instrument rapidement reconnu officiellement par les musiciens du monde entier.
En 1964 à Paris, où il suit une formation en mécanique, il croise Archie Shepp dans la rue, qui remarque sa flûte sous son bras, et qui l’invite à jouer à ses côtés le soir même dans le célèbre club de jazz Au Chat Qui Pêche. Le succès est instantané. C’est le début de la reconnaissance par ses pairs, d’une carrière internationale et de la consécration.
Il participe à l’enregistrement de l’album Angola 74 de Bonga en 1974, enseigne la flûte au grand Eugène Mona (et à Dédé Saint-Prix dans les années 80), joue avec Tito Puente, Machito, puis plus tard le saxophoniste américain David Murray ou tout récemment le joueur guinéen de kora Djely Moussa Condé.
L’univers artistique de Max Cilla est large, puisqu’il a participé à la création de pièces de théâtre et de contes (au Japon et en Angleterre notamment), a écrit pour le cinéma et collabore (encore aujourd’hui) avec des poètes et des slameurs, entre autres.

Avant cette indispensable réédition, on avait pu (re)découvrir le flûtiste en 2015 sur la savoureuse compilation Kouté Jazz du label parisien Heavenly Sweetness, parmi d’autres trésors oubliés du jazz antillais.
L’écoute du présent album fait plonger l’auditeur dans un univers envoûtant, à la fois dansant (avec ces percussions traditionnelles terriblement entraînantes et cette ligne de basse au groove irrésistible), et quasi-mystique, lui procurant des sentiments de joie, de bien-être et d’énergie pure. Réussissant le tour de force d’allier la danse et la contemplation, l’introspection et la communion, le disque est à la fois taillé pour le dancefloor, avec des titres comme La Flûte Des Mornes ou

  Crepuscule Tropical 

, et une écoute plus intime.
Notons qu’on retrouve sur ce disque le pianiste Georges-Edouard Nouel, dont l’album non moins indispensable Chodo de 1975, vient lui aussi d’être réédité il y a quelques semaines.
Pour conclure, citons Max Cilla lui-même, qui explique le but poursuivi par sa musique et qui résume si bien les sentiments qu’elle inspire : « A une époque où nous sommes souvent manipulés à des fins commerciales, j’aimerais que ma musique permette à tous ceux qui l’écoutent de retrouver l’authenticité de l’être, de redécouvrir la richesse qui est en eux ».

Bon-Ton Roulay

Ma-kossa !

Pop Makossa : The Invasive Dance Beat Of Cameroon [1976-1984]

Attendue comme le messie, la bombe Pop Makossa vient de sortir grâce au travail de fond du label Analog Africa. Une des particularités de cette compilation est son livret : 24 pages remplies de photos et d’interviewes réalisées par le collègue Deni Shain. On vous a traduit ici les premières pages d’introduction.

STUDIO MAKASSI

Quand je suis descendu de l’avion à Douala, j’ai été accueilli par un vent chaud et un prénommé Claude Fabo. Claude, homme respecté pour avoir travaillé avec de grands artistes – comme Franco, Tabu Ley and Sam Fan Thomas – allait m’aider à naviguer dans cette ville, à la fois chaotique et étincelante, durant un mois, pour interviewer des musiciens. Claude savait immédiatement où débuter : « Il faut commencer par Akwa »


. Akwa, aussi connu sous le nom de Quartier Des Artistes, figure parmi les quartiers les plus anciens et importants de Douala, et a toujours été le cœur musical de la ville. Des boîtes de nuit aux maisons de production, en passant par les magasins de disques et studios d’enregistrement, tout avait lieu ici, comme peuvent en témoigner les anciens qui se souviennent encore des soirées endiablées passées dans les discothèques et autres cabarets. C’était dans ce même quartier que Sam Fan Thomas, connu pour avoir produit un des albums les plus populaires d’Afrique, avait installé les Studios Makassi. Je ne savais pas à quoi m’attendre en rencontrant cette légende, mais il s’est révélé être l’un des types les plus sympathiques que j’ai eu la chance de connaître durant mon périple. Sam nous a accueilli chez lui avec le sourire et une bière fraîche à la main, nous a raconté l’histoire de Makossa, au fil des photos accrochées à son mur et qui représentaient pour lui des souvenirs inoubliables.

« C’était le bon temps – bonne musique, belle époque. Nele Eyoum, le guitariste de l’orchestre Negro-Styl est le type qui a inventé le Makossa. Nelle criait « Kossa ! Kossa ! » pour encourager les gens à danser. En douala « Kô » veut dire « se baisser » et « Sa » signifie « danse ». Nelle invitait donc les gens à se baisser dans la danse et à bouger. Les gens ont commencé à dire « Allons en boîte, ils jouent ma kossa ce soir » et le nom est resté. »

MAKOSSA – URBAN HYBRID OF SORTS

Les origines du Makossa prennent racines dans les traditions de la tribu Sawa, une tribu de la côte de Douala et dont la langue donne au Makossa son piquant. Le Makossa fut inspiré par les nombreux styles musicaux des sawaiens et en particulier par Assiko, Bolobo et Essewé, une danse psychothérapeutique pratiquée seulement lors des enterrements pour exorciser la douleur due à la perte d’un être cher.

Il flottait dans l’air un parfum de révolution lorsque le Makossa moderne émergea au début des années 50. En même temps que le pays luttait pour l’indépendance et l’idée de négritude telle que l’a décrite Léopold Senghor, des bars clandestins commençaient à s’ouvrir un peu partout, vendaient des boissons locales comme le bili-bili, la bière Kwata et le vin de Raffia, et donnaient ainsi aux musiciens une scène sur laquelle jouer. Avec la diffusion de l’électricité et l’arrivée d’équipements musicaux nouveaux, Nelle Eyoum et d’autres pionniers forgèrent l’identité du Makossa. Ils définirent les codes musicaux des générations à venir. La seule règle était que chaque style de musique susceptible d’améliorer le son préexistant devait être ajouté. C’est précisément cela qui a rendu le Makossa si populaire : sa capacité à absorber et à intégrer différents genres musicaux.

Le genre musical qui a, plus que tout autre, influencé le son du Makossa était la rumba congolaise. La Rumba, qui avait déjà émergé au Cameroun grâce à la très populaire radio Léopoldville, basée dans ce qui est maintenant Kinshasa, fut créée par les esclaves africains de Cuba ; elle était la musique des travailleurs immigrés et des populations urbaines pauvres, et est elle-même issue de la fusion de différents sons, parmi lesquels le Calypso, le Merengue, le Biguine antillais et le Fandango espagnol. Depuis Cuba, la Rumba retraçait la route du commerce triangulaire des bateaux d’esclaves et, cela, jusqu’aux ports de départ situés en Afrique de l’ouest et au Congo. A cause de son association à la lutte pour l’indépendance africaine, la Rumba se répandit à la vitesse de la lumière dans de nombreux pays d’Afrique sub-saharienne. Des générations de musiciens camerounais grandirent en étant bercés par la musique de virtuoses de la guitare, comme Vicky Longomba, Franco ou Docteur Nico pour n’en citer que quelques-uns. De nombreux riffs à la guitare de Makossa étaient simplement des riffs de Rumba retravaillés !

En plus de la Rumba, deux styles musicaux ont fortement influencés le Makossa : le Merengue venant de République Dominicaine et le High-Life importé du Ghana et du Nigeria. Le Makossa était hybride et urbain. En fusionnant les rythmes populaires du Cameroun avec les styles de danse de la ville, des groupes révolutionnaires comme Les Negro-Styl, Uvocot Jazz et Los Cavinos, menés par la volonté de Lobe Rameau et de Mouelle Guillaume, furent le fer de lance du mouvement Makossa et établirent de nouveaux standards en matière de musique.

Si le Makossa pouvait être mis en équation cela donnerait : Bolobo + Essewé + Assiko + Congolese Rumba + Merengue + High-Life = Makossa.

Clement Djimogne aka Mystic Djim 1990 in Yaoundé

MAKOSSA EXPLOSION

Entre 1965 et 1975, une seconde génération de musiciens fit son apparition parmi laquelle on compte Willy le Pape, Eboa Lottin, Ebanda Manfred, Charles Lembe, Jean Dikoto Mandengue, Francis Bebey, Georges Anderson et Charles Ewandje. Non seulement, ces artistes avaient une base sur laquelle construire mais ils avaient également reçu une éducation musicale.

Tout comme il avait absorbé les styles Rumba et High-Life une décennie auparavant, le Makossa commença à intégrer des éléments Funk. « La musique de James Brown a eu un énorme impact au Cameroun » comme le précise Bernard Ntone, saxophoniste dans le groupe de Manu Dibango, « Aucun mariage ne pouvait se dérouler sans que la chanson ‘ Say it Loud – I’m Black and I’m Proud’ soit jouée ; tous les groupes devaient donc savoir jouer la musique de James Brown. Résultat : on pouvait clairement entendre l’influence du funk dans la musique Makossa, que ce soit dans la ligne de basse, dans le son des cuivres ou dans le beat ».
L’un des musiciens les plus fortement influencés par le funk était Manu Dibango, dont la chanson extrêmement populaire Soul Makossa a flirté avec le top du hit-parade aux Etats-Unis et a été un point tournant pour le Makossa. Même si le seul point commun entre la chanson et le Makossa reposait sur le nom, l’impact promotionnel fut phénoménal pour ce dernier : les gens qui jusque là n’avaient jamais entendu parler du Makossa en redemandaient.

Et bien entendu, d’autres musiciens comme Ekambi Brillant, Tim & Foty, Jules Kamga, Pasteur Lappé et Elvis Kémayo se sont dit « Si Manu y arrive, pourquoi pas nous ? ». Et soudain, de nouveaux rythmes sont apparus par douzaines : Disco Makossa, Funky Makossa, Pop Makossa, Salsa Makossa, Smurf Makossa, Soukous Makossa, Love Makossa, Jazz Makossa, Soul Gandjal, Soul Mangambeu, Soul Mendzong, Soul Assiko et bien d’autres.

La troisième et dernière génération du Makossa, qui compte des légendes telles que Nkotti François, Emile Kangue, Misse Ngoh François, Ngalle Jojo, Eko Roosevelt et le tout puissant Black Styles, a développé un style de Makossa moderne dont l’instrument principal est la guitare. Pour obtenir ce son si particulier qui les caractérisent, la nouvelle génération d’artistes a mis au point une technique permettant aux musiciens de jouer plusieurs notes à la fois. Charles Ewandje, Eboa Latin, Vincent Nguini and Nguime Manulo maîtrisaient tous cette technique. Cependant, le guitariste qui a vraiment été la pierre angulaire de ce changement de style est Toto Guillaume. Toto, aussi connu sous le nom de Toguy, est devenu une véritable star avec les Black Styles de Nkotti François au milieu des années 70, ce qui l’a amené par la suite à Paris, où il a étudié la musique et est devenu le meneur de l’Equipe Nationale du Makossa.

Avec le succès du Makossa, les producteurs commencèrent à investir dans de nouvelles technologies et à faire importer toutes sortes de synthétiseurs qui, plus tard, rendirent le son du Makossa plus adapté pour les boites de nuit.

LES MAISONS DE DISQUE ET LES PRODUCTEURS DE DOUALA

Les bureaux du label Tamwo Records, l’un des plus importants de Douala, est situé dans le même bâtiment que les Studios Makassi. Lorsque son fondateur, Isidore Tamwo, a appris que quelqu’un venant d’Europe faisait un documentaire sur la musique camerounaise à l’étage d’en dessous, il s’est empressé de descendre pour prendre part à la conversation.

« C’était de la folie dans le temps, les gens venaient danser devant mon magasin de disques…avant de sortir en boite ! C’était la grande époque. Quand j’ai commencé à produire de la musique ici, il n’y avait pas de presse de disques. On devait enregistrer la musique ici et envoyer les bandes en France où les disques étaient produits et réexpédiés au Cameroun. Jean-Paul Mondo, Sam Batcho, Djene Djento et Mister Bibi font partie des plus célèbres artistes de mon label. En particulier Sam Fan Thomas qui a eu un succès spectaculaire avec son album « African Type Collection », le disque le plus vendu dans l’histoire du Makossa. »

Un autre label important était Disques Cousins fondé en 1976 par Mathias Njoga. Le premier disque qu’il ait produit était un enregistrement sur quatre pistes pressé à Kinshasa avec l’aide d’un stewart travaillant pour Cameroon Airlines qui avait accepté d’amener le disque original au Congo. En une année, le label est devenu beaucoup plus important, produisant des artistes comme Salle Jhon, Atangana Pascal, Ebongue Edouard, Tokoto Ashanti pour ne citer que quelques noms.

On peut également citer le label Chic Sound fondé par Nicholas Mongué dont le chef-d’œuvre Resurrection du groupe Los Camaroes, produit en 1978, fut enregistré en live sur un deux pistes au Mango Bar à Yaoundé. Chic Sound a aussi produit Djoumbissie Gérard, Dussalo, Manuel Guysso, Richard Band de Zoété, Valère Ebéné Maxime, Philipe Eteki et Lobé Lobé Emmanuel.

Un label important pour le Makossa était Africa Oumba, fondé par Wonga Jules Patrick en 1979. Il a produit Ange Ébogo Émérant, Axel Mouna, Aloa Javis, Jean Paul Mondo and Eyoto Norbert. Mais son plus gros succès fut l’album Makossa Dikom Lam La Moto d’Emile Kangue, chanteur et bassiste du groupe The Black Styles, qui devint l’un des disques les plus vendus de 1981.

Et finalement il y avait les productions Lanceleaux-Foty qui ont produit Sala Bekono, Kon Mbogol Martin, Effa Paul, Dikoto Mandengue, Charly Nelle, Ekwe Silo, Charly Bokher, Jo Bayi, Gapitcha, Cella Stella, Bikoi Joseph, Roger Etia Atebass, et le groupe incontournable Les Têtes Brulées.

Tous ces labels, à l’exception de quelques-uns, devaient faire fabriquer leurs disques à l’étranger jusqu’en 1973, date d’ouverture de l’usine de pressage de disques, au Bénin, par la Satel (Société Africaine de Techniques Electroniques). Cette dernière a totalement changé la donne. Des labels commencèrent à fleurir un peu partout au Cameroun, et plus particulièrement à Douala, la capitale du Makossa.

Nicholas Mongué du label Chic Sound se rappelle de la complexité du processus de production : « Les pochettes de disques étaient imprimées à Lagos (Nigéria) et, comme la route était courte, nous les transportions en voiture jusqu’aux locaux de la Satel, à Cotonou, où tout était assemblé. La plupart d’entre nous a travaillé avec Satel jusqu’en 1980, lorsque Paul Bayi, producteur de films, a importé une presse à vinyle de France et a ouvert une usine. Malheureusement, l’usine a fermé cinq ans après, lorsque Bayi l’a abandonnée pour se concentrer sur sa carrière politique. La presse fut démantelée et le métal recyclé. » raconte Mongué.

A ce moment là, le Makossa avait commencé à se faire un nom à l’international, et des groupes qui jusqu’ici ne se produisaient quasiment qu’au Cameroun commencèrent à faire des tournées à l’étranger et plus particulièrement à Paris.

Olinga Gaston, Théodore Essama, Kofana André, Bernard Ntone
at Studio Decca in Paris 1976

MAKOSSA GOES TO PARIS

Les musiciens camerounais faisant des tournées en Europe ont changé la face du Makossa à jamais. A cause principalement des facteurs économiques, les ressources culturelles camerounaises étaient dans un état de crise constante, depuis l’indépendance du pays. A Paris, en revanche, il y avait non seulement des boites de nuits, des labels et des studios d’enregistrement aux infrastructures plus avancées, mais aussi des musiciens studios (appelés requins) à foison, venus en Europe, pour la plupart, afin d’étudier la musique.

Les musiciens camerounais, et plus particulièrement les bassistes, ont progressivement imposé leurs noms dans l’industrie du show-business international, si bien qu’on parlait de dynastie de bassistes camerounais. Manfred Long, Joe Tongo, Jeannot Karl, Dikoto Mandengue et Richard Bona font partie de la longue liste de bassistes ayant fait leurs armes en jouant du Makossa. Alors que certains comme Jean-Paul Lietche, sont restés au Cameroun, beaucoup d’autres sont partis s’installer à l’étranger, où les conditions de travail étaient meilleures.

Le succès international du Makossa, et la makossamania qui s’en est suivi, étaient principalement le fait d’un petit groupe de musiciens parisiens de haut vol, connus sous le nom de l’Equipe Nationale du Makossa. Cette équipe est très vite devenue une machine à faire des hits, faisant en moyenne cinquante disques d’or par an. Elle représentait un idéal pour tous les jeunes musiciens en herbe. Deux des meilleurs morceaux de cette compilation, à savoir Mongele Mam de Eko Roosevelt et Nen Lambo de Bill Loko, furent enregistrés avec des membres de l’Equipe Nationale et montrent bien l’étendue de leur talent.

Les premiers musiciens du groupe étaient Manu Dibango, Jean Dikoto Manengue à la basse, Eko Roosevelt au piano, au synthétiseur et à l’arrangement et Claude Vamur aux percussions. Mais d’autres musiciens parmi lesquels Toto Guillaume à la guitare et à l’arrangement, Aladji Touré à la basse et à l’arrangement, Vicky Edimo à la basse, Jean-Claude Naimro au piano et au synthétiseur, Ebeny Donald Wesley aux percussions et Jean-Marie Ahanda à la trompette, se sont greffés au groupe d’origine pour en former un second. C’est ce dernier qui fera vraiment rayonner le Makossa en faisant des duos avec des stars comme Dina Bell, Bill Loko, Guy Lobe, Pierre de Moussy, Ben Decca pour ne citer qu’eux.

Malgré leur succès, les relations au sein du groupe n’avaient rien d’un long fleuve tranquille : l’équipe était déchirée par une guerre des chefs entre Toto Guillaume (Toguy) et Aladaji Tourré, les deux arrangeurs. Lorsque les tensions furent dissipées, tout ce qu’il restait était une rivalité malsaine entre les pro-Toguys et les pro-Tourés, chose que de nombreuses personnes regrettent, Touré y compris.

« Nous avions bâti une équipe solide qui jouait avec pratiquement tous les artistes qui venaient enregistrer un disque en France. Les artistes étaient proches, il y avait une vraie cohésion d’équipe… jusqu’à ce que le groupe soit atteint du ‘virus’ camerounais. Avec les camerounais c’est toujours la même chose. Quand tout va bien, il y a de la jalousie, les gens s’opposent à toi. Le résultat est un climat glacial, vous ne pouvez pas imaginer. Tout s’est écroulé, on a arrêté de jouer ensemble et chacun s’est retrouvé de son côté. »

L’éclatement du groupe a eu des conséquences catastrophiques pour le Makossa, qui ne s’en est jamais vraiment remis. Sa majesté Eko Roosevelt, empli de nostalgie en pensant à l’esprit collaboratif qui régnait autrefois et atterré par l’individualisme qu’il voit aujourd’hui, fait remarquer avec ironie :
« Bien avant le football camerounais, le Makossa avait réussi à unir le pays entier autour d’une identité forte. Mais comme pour les Lions Indomptables, le succès dépend de l’esprit d’équipe et de l’unité entre les membres. Malheureusement, certains artistes Makossa devinrent cupides. Dès le premier hit, ils abandonnaient leurs collaborateurs pour pouvoir se vanter d’être à la fois l’auteur, le compositeur, l’arrangeur, le leader, le musicien, le producteur, le distributeur, etc. Cette hyper concentration des rôles crée seulement des stars au talent artistique discutable, au détriment du produit final ».

AMENE MOI A YAOUNDE

Bien que Douala soit la capitale du Makossa, beaucoup des musiciens que l’on souhaitait interviewer vivaient maintenant à Yaoundé. Et comme à Douala, la vie nocturne de Yaoundé avait aussi en son temps été portée par les sonorités du Makossa. Aux heures de gloires, les cabarets étaient pleins chaque nuit et chacun avait son groupe. Les Tulipes Noires jouaient au Philanthrope, Messi Martin et les Camaroes au Mango Bar, Elanga Maurice au Passo bar, les Denga Boys à l’hôtel Aurore, Pierre Didy Tchakounte était au King’s Bar, et les Big Vultures encore ailleurs ; le Black & White recevait régulièrement des artistes étrangers tels que Amara Touré, et le palace Mont Fébé était l’endroit où Johnny Black, le James Brown camerounais, avait l’habitude de chanter.

Sachant tout cela, je décidais de prendre le prochain bus pour Yaoundé. Claude m’avait mis en contact avec Marcel Talla, un saxophoniste tenor respecté, qui travaille à la Radio et Television Camerounaise (CrTV). Celui-ci était féru de musique, et connaissait beaucoup de monde dans le milieu. « Je te mets entre de bonnes mains », m’a-t-il dit avant que je prenne mon bus, « avec lui tu trouveras tout ce que tu veux ».

Claude ne m’avait pas fait de fausses promesses... Un jour, et de nombreux appels plus tard, nous avions déjà retrouvé le légendaire bassiste Jean-Paul Lietche, qui m’amena à la maison de Clément Djimogne, connu aussi sous le nom de Mystic Djim, à l’origine de tubes innombrables : avec un simple enregistreur quatre pistes il créait, d’un coup de génie, des morceaux qui surpassaient même les grands studios de la Radio Nationale Camerounaise…
Avant d’arriver à Yaoundé, je fis également un arrêt important à Kribi, afin de rencontrer l’enfant prodige de la musique camerounaise, sa majesté Eko Roosevelt…

Ces histoires, et tant d’autres, sont reportées dans le livret de la compilation « Pop Makossa ». Entre temps, attachez bien vos ceintures, ajustez vos platines, et savourez ce groove trip qui vous transportera dans les contrées du Makossa….

  Yaounde Girls 

Mystic Djim & The Spirits

Traduction Marie Caffarel
Corrections Pola Abdul
Interviews par Déni Shain
Ecrit par Samy Ben Redjeb et Adz
Edité par Jesse Simon
Remerciements tout particuliers à Jean Maurice Noah
Ecrivain du livre « Le Makossa : Une Musique Africaine Moderne »

Bossa Nova Cocktail (1962-1969)

selected by Bob Stereo

Bob Stereo continue son exploration de la musique populaire brésilienne en ce concentrant cette fois sur les mythiques années 60. Une bonne dose de bossa nova, une pincée de samba et un zeste de jazz composent ce savoureux cocktail, qui alterne classiques et raretés.

01. Tem mais samba (1966) Odette Lara
02. Onde anda o meu amor (1962) Orlann Divo
03. Samba em tres tempos (1969) Julinho
04. Image (1966) Sylvia Telles
05. Borboleta (1966) Chico Feitosa
06. A chuva (1964) Os Gatos
07. Chegança (1965) Edu Lobo
08. Malvadeza durão (1965) Nara Leao
09. Estrada do sol (1967) Antonio Carlos Jobim
10. A different beat (1967) Luiz Henrique & Walter Wanderley
11. Miss Universo (1968) Tita
12. It’s tempting (1965) Luiz Bonfa & Eumir Deodato
13. Barumba (1964) Tamba Trio
14. Afinal (1963) Alaide Costa
15. Pepino Beach (1968) Marcos Valle
16. João do trem (1966) Pery Ribeiro & Bassa Tres
17. She’s a carioca (1965) Rosinha de Valença

Space Echo

Les résonances atlantiques et cosmiques venues du Cap-Vert

Au printemps 1968, un cargo rempli d’instruments de musiques de l’ère électrique et électronique qui s’ouvre alors, avec les synthétiseurs Hammond, Moog ou Korg, fait chemin jusqu’à Rio de Janeiro pour l’Exposiçao Mundial Do Son Electrônico, première du genre dans l’Hémisphère Sud.
Tandis que les musiciens brésiliens ou colombiens sont toujours sous le choc des nouvelles sonorités parvenant de ces instruments-machines, le bateau reprend son chemin. Il suit l’Atlantique jusqu’au large des côtes cap-verdiennes où il finira sa route, dans des circonstances troubles, coulé par l’armée soviétique dit une légende digne des meilleurs films d’espionnage d’inspiration cold war.

Et d’après vous, dans quelles mains atterrissent ces précieux objets de sons ? Dans celle de musiciens cap-verdiens, après que leur charismatique leader anti-colonial Amilcar Cabral eut la bonne idée de distribuer également ces instruments dans les établissements publics disposant d’électricité.
Voilà pour l’histoire.

Pour ses conséquences musicales, il nous a fallu attendre l’année 2016, pour nous européens et citoyens du monde, pour en prendre la mesure et nous spatialiser à notre tour à l’écoute de la musique révolutionnaire qu’inspira cette traversée atlantique imprévue d’instruments venues de l’ouest américain.

Les musiques de l’Atlantique Noir sont affaire de circulation et d’hybridation. Le Cosmic Sound of Cabo Verde que nous présente le label Analog Africa offre une nouvelle illustration de ce même changeant musical, ce syncrétisme musicologique et sonore, que fut et sont toujours les musiques noires. Le paysage sonore qu’ouvre cette compilation proposée par Samy Ben Redjeb, avec la collaboration du dj Déni Shain, démontre ainsi, si il en est encore besoin, la modernité du répertoire musical africain, ici lusophone, né aux temps des indépendances, où la culture est plus que tout question politique. Modernité non seulement musicologiques par l’apport, dans le cas présent, de l’électronique musicale, modernité, surtout, d’un territoire musical qui se nourrit des résonances culturelles de l’espace transatlantique dessiné, pour une toute autre raison, par les anciens esclavagistes et colonisateurs.

Comment maintenant retranscrire avec des mots l’expérience musicale que constitue les quinze titres de la compilation ? Exercice périlleux tant la richesse musicale et émotionnelle est au rendez-vous, du début à la fin de l’écoute. On s’installe dans ce qui fait figure de navette spatiale, commandée par les sons de synthétiseurs et soutenue par des sections rythmiques solides et hypnotiques, véritables battements de conduite honorant de la plus belle des manières l’idée même de groove. Il s’agit bien d’une évasion extra-terrestre qui, tout en nous projetant au plus lointain, nous plonge au plus profond de nous.

On décèle bien vite une signature, cap-verdienne, d’abord, avec des bases rythmiques vernaculaires, telles les Mornas, Coladeras ou Funana, lusophone, ensuite, avec des mouvements rappelant le semba angolais. Les instrumentations sont amples, complexes et magnifiques. Pianos, voix, accordéons, guitares, percussions, synthétiseurs se juxtaposent et s’harmonisent dans les hautes sphères, où l’esprit seul peut suivre la mesure. Où la technique et la théorie musicale s’effacent devant la puissance rythmique, évocatrice et spirituelle de la musique.
Les chanteurs sont nombreux, les backing band le sont moins, huit des quinze titres étant l’œuvre de Voz de Cabo Verde, dirigé par Paulino Vieira, figure tutélaire de cette folle scène cosmic sound cap-verdienne.

Un mot enfin sur les enregistrements et la production. Prodigieux. J’avais bien annoncé un mot. Il est amplement suffisant.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire ?

  Po D Terra 

Arnaud Switch ’Groov’ Exp.

Brazilian Cocktail [1969-1978]

Grand passionné de musique populaire, Bob Stereo vient de passer une année en immersion dans l’âge d’or de la musique brésilienne.

Dans ce premier mix qui se consacre aux années 70, vous pourrez découvrir - ou redécouvrir - classiques underground et raretés, signés par le génial arrangeur Arthur Verocai, l’increvable Marcos Valle, les incontournables Azimuth - qui ouvrent le mix sous le nom d’Apolo IV dans l’un de leurs tout premiers morceaux, le vétéran Johnny Alf - dans un titre produit par Deodato, le prodige Joao Donato, ou encore le soulful Tim Maia qui conclut puissamment cette sélection. Envoyez la musique !

Tracklist

01. Apolo IV / Azimuth (Mil Milhas-Tema de Marcelo) (1969)
02. Erasmo Carlos / Mundo Cao (1972)
03. Jorge Ben Jor / Negro é lindo (1971)
04. Edu Lobo / Cantiga de Longe (1970)
05. Ivan Lins / Se Dependesse De Mim (1972)
06. Arthur Verocai / Pelas Sombras (1972)
07. Tamba Trio / Jogo da Vida (1975)
08. Joao Donato / Nãna das Aguas (1973)
09. Orlandivo / Onde Anda o Meu Amor (1976)
10. Waltel Branco / Walking (1975)
11. Jane Duboc / Mister Yes (1971)
12. Burnier & Cartier / Aí É Que Tá (1974)
13. Marcos Valle / Democústico (1972)
14. Beto Guedes / Chapeu de Sol (1977)
15. Johnny Alf / Que Volte a Tristeza (1978)
16. Lo Borges / Toda Essa Água (1972)
17. Roberto Menescal / Depois da Queda (Tema de Flor) (1969)
18. Jacks Wu / The Leader (1971)
19. Tim Maia / Eu Amo Você (1970)

Wahran - Marseille

Oran / Marseille, deux ports face à face sur la Méditerranée, avec une histoire musicale commune : le raï !

Ou plus exactement le pop-raï. Née dans la ville et la région d’Oran au cours des années 70, cette musique a déferlé sur la Méditerranée et l’Europe dans les années 80, à partir du boulevard d’Athènes qui descend de la gare Saint Charles. Mais les liens musicaux entre les deux cités sont plus anciens que la vogue des Chebs, à découvrir dans ce mix multi-supports, multi-périodes, thématique et exigeant, mais néanmoins un peu bordélique, on est quand même à Marseille.


Maurice El Medioni

  Touchia Zidane 

 

Maître du pianoriental, Maurice El Medioni maîtrise aussi bien l’arabo-andalou que les rythmes latinos ; à l’orée des années 50, il mélange les deux et va jouer un rôle inestimable dans la formation de la chanson urbaine oranaise moderne. Maurice El Medioni s’installe à Marseille en 1962, avec l’émigration des Pieds Noirs vers la métropole, et sera un infatigable animateur de la vie musicale de la ville jusqu’à son récent départ pour Israël.
(titre sans rapport avec le célèbre footballeur dégarni, c’est une référence au mode « zidane » de la musique arabo-andalouse)
Extrait du CD Buda « Le meilleur des trésors de la chanson judéo-arabe ».


Khaled

  Hada Raykoum 

 

« Marseille était la deuxième capitale du raï après Oran », affirme Khaled dans son autobiographie Derrière Le Sourire. Ici, un de ses tubes d’avant la gloire internationale qui a suivi Didi, publié par les éditions MCPE qui avaient un pied à Marseille et l’autre à Barbès.
K7 MCPE 1198


Sami El Reliziani

  Alemtek L’houb 

 

Comme son nom l’indique, Sami el Reliziani n’est pas d’Oran, mais de Relizane, une autre ville de l’Ouest. Cet illustre inconnu a publié sur un label non moins inconnu, Solfiaphone, de très belles chansons, entre chaâbi, chanson oranaise et coplas espagnoles. On retrouve au piano l’inévitable Maurice El Medioni qui fait le lien ténu de ce morceau avec Marseille.
45 tours Solfiaphone n°5


Blond Blond

  Wahran El Bahya 

 

L’Oranais Albert Rouimi - dit Blond Blond car il était albinos - était célèbre pour ses talents d’amuseur : ambianceur de génie, imitateur de Maurice Chevalier, adaptateur en arabe de standards (Darladirladada, Et vlan passe-moi l’éponge…), mais il maîtrisait aussi l’arabo-andalou. Il a terminé sa vie à Marseille, où il a laissé autant de souvenirs musicaux que de billets au casino de Carry Le Rouet, il est enterré au carré juif du cimetière des Trois Lucs. Ici, sa version de l’hymne à Oran composé par Lili Labassi.
45 tours Dounia 1279


Cheikha Djenia

  Ya Hbibi Rani Marboun 

 

Cheikha Djenia est une figure majeure du raï féminin, dans la lignée d’une Remitti. A noter que ce style rural (voix, tambour guellal et flûte gasba), s’il est bien une source majeure du raï, a été baptisé raï traditionnel a posteriori, le terme raï étant apparu dans les années 70. Auparavant, on parlait de genre oranais pour désigner cette musique rurale venue des bédouins. Une production des années 80, éditée pour la France par les Éditions Boualem basées à Marseille, du côté de la Porte d’Aix, et toujours en activité en 2016.
K7 Boualem EBM 193


Ahmed Waby

  Yamina 

 

Entre Ahmed Waby et Marseille, la relation est de courte durée, mais assez importante, puisque notre arabo-latin lover y voit le jour en 1921. Il y passe seulement quelques mois avant de retourner grandir à Oran, la ville de son père. Il deviendra dans les années 50 un des principaux représentants du style asri (contemporain), mélange entre chanson oranaise traditionnelle, musique égypto-libanaise et rythmes latinos.
45 tours Nouvelle Vague 1065


Belkhayati

  Allah Issael 

 

Cheikh Mohammed Belkhayati a été l’un des modernisateurs du raï traditionnel, notamment en enrichissant l’instrumentation avec des cordes. C’est à Marseille qu’il enregistre son premier 45 tours, chez les éditions Tam Tam.
45 tours Oasis 10975


Rachid & Amina

  Achki Agoune 

 

Ce duo de chanteurs de pop raï côtoie les sommets atteints par Fadela et Sahraoui ou Khaled et Zahouania, mais leur notoriété est aussi mince que les autres sont célèbres. Encore une publication des éditions Boualem.
K7 Boualem EBM 256


IAM / Khaled

  Oran Marseille 

 

Réunion de vedettes.
Extrait de la compilation Raï’n’B Vol 2

Une sélection Phocéephone


http://phoceephone.blogspot.fr/

 

Omar Sosa

Géographie + Spiritualité = ...
Quand on veut présenter la musique du pianiste Omar Sosa, les termes de cette équation s’imposent, indissociables, inévitables, et pourtant insuffisants.

Omar Sosa vient de Camagüey, Cuba, où il apprend les percussions, puis se concentre sur le piano quand il s’avère impossible pour lui de se procurer un marimba. C’est également durant ces années d’enfance qu’il découvre la spiritualité lucumi (plus connue sous le nom de santeria, un syncrétisme des cultes yoruba et chrétien). Aussi calé en musique cubaine traditionnelle qu’en musique classique occidentale, Sosa commence par travailler avec des artistes pop et hip hop de son île natale. Puis il bouge en Equateur en 1993, où il monte un groupe de jazz fusion et découvre la musique et la religion des descendants d’esclaves. Deux ans plus tard, c’est sur la côte Ouest des Etats-Unis que résonnent ses accords dansants et dissonants, d’abord dans un cadre salsa classique ou en duo avec le percussionniste Jesus Diaz. Puis rapidement Sosa s’impose comme un leader incontournable. Son premier album sort aux USA en 1996.
« Bon d’accord mais tout ça, ça ne nous éclaire pas des masses sur la musique du bonhomme » me diront certains... Et bien justement, si. Car sur son parcours, Sosa a absorbé les cultures tel une éponge humaine. Le résultat, c’est une musique en évolution constante où les traditions musicales de l’Afrique de la diaspora voient leurs liens renforcés par leur spiritualité. Ecoutez au hasard l’un des volumes - tous excellents ! - de sa trilogie Roots : un flot fécondateur d’improvisations débridées baigne les combinaisons plus ou moins structurées des chants et rythmes afro-cubains, afro-équatoriens, du spoken word (en la présence de Will Power) et d’une élasticité funky. Ouf ! ! ! Le tout marqué de références directes aux dieux et aux ancêtres : Spirit Of The Roots commence et se termine par l’appel d’usage à Eleggua, celui qui ouvre et referme les chemins... « Ça fait pas un peu beaucoup ? » rechignent les mêmes. Et bien non. Certes, cette musique touffue et subtile nécessite des oreilles aiguisées - ou tout simplement... ouvertes. Certes, le mix manque parfois de maturité. À ce titre Free Roots, premier volume de la trilogie, comprend quelques tics d’un latin jazz plutôt convenu. Mais sans tarder Sosa et son groupe transcendent le genre pour proposer une musique singulièrement cohérente, à nulle autre pareille. Voix et percussions de tous horizons s’allient avec un bonheur renouvelé, Will Power s’intégrant au tout comme un véritable instrumentiste. Au piano, Omar Sosa est magistral, alliant anticonformisme - on pense à Monk ou à Cecil Taylor - et verve made in Cuba.
Cette verve de notre illuminé cubain, on la retrouve en interview. Impossible de le manager. Débordant d’énergie, chaleureux, il est parfois prolixe. Ses discours peace & love, sa capacité à ne se fâcher avec personne et sa volonté d’être sympathique aux yeux de tous peuvent provoquer l’agacement ou la méfiance de certains. Et l’homme n’est sans doute pas exempt de contradictions. Ainsi s’il affirme s’être réinstallé à Barcelone en 1999 pour se rapprocher de l’Afrique et du métissage culturel européen, on sait bien que c’est aussi en Europe que ses disques se vendent le mieux, et de loin. Qui lui en voudrait ?
En tout cas, le Omar Sosa Sextet live met tout le monde d’accord grâce à la puissance organique quasiment palpable de la musique et  l’enthousiasme incontestablement sincère du grand pianiste tout de blanc vêtu - il n’est pas rare que les concerts dure une heure de plus que prévu.
Allez, c’est bon pour l’intro. Si vous n’avez pas compris que je considère Omar Sosa comme un des musiciens les plus intéressants de la fin du siècle, vous ne le comprendrez jamais. De toutes façons, à vous de vous faire votre propre idée, en allant voir son groupe sur scène, en écoutant ses disques, et accessoirement en lisant l’interview qui suit...

Omar Sosa
La musique fait partie de la vie quotidienne à Cuba. Chez moi, c’est mon père qui écoutait de la musique surtout. Très tôt j’ai fait la connexion entre la musique et la spiritualité. Il n’y a rien de surnaturel, il s’agit seulement de capter le sens spirituel qui est à l’intérieur de la musique.

Tu écoutais les grands pianistes cubains comme Lili Martinez, Francisco Lopez, qui ont apporté des éléments africains dans le mambo, dans le son... ?

Chez moi on écoutait de la musique cubaine comme Benny Moré, El Conjunto Chappottin, La Orquesta Aragon, La Orquesta de Enriquo Jorin, où jouait le pianiste Ruben Gonzalez, du Buena Vista Social Club... Et d’autre part, on écoutait aussi Nat King Cole, Duke Ellington, John Coltrane... Pour moi, en tant qu’enfant, tout ça était très intense. Ainsi que la découverte de la matière spirituelle qui nous englobe tous. Et c’est toujours une réalité pour moi.

Comment es-tu venu au hip hop par la suite ?

Pour moi, le hip hop est la rumba du peuple noir aux Etats-Unis. A Cuba, il y a la rumba, le guaguanco, la columbia, le yambu... mais aussi une autre forme de tradition musicale qui est peu connue ailleurs, l’abakua, une société religieuse secrète, réservée aux hommes. Leur façon de chanter est la même que dans le rap ! Par exemple dans mon deuxième album sorti en France, Spirit Of The Roots, dans le morceau To Miles And Joseito, Ibaé, tu peux entendre la langue abakua. On le jouera peut-être ce soir, je ne sais pas. On ne sait jamais ce que l’on va jouer avant le moment même. Mais revenons au rap. Quand je suis allé pour la première fois aux Etats-Unis, j’étais à Oakland dans un quartier noir très dur. J’ai fait la relation entre le rap et la manière dont parlent les noirs dans la rue, et pour moi, le rap est la voix de la communauté noire... C’est dingue, certains rappers parlent de meurtre, etc... Je n’adhère pas à cela, mais ça fait partie de la société. Tu ne peux pas y échapper, on doit être dans la société. Si un rapper dit « Fuck You » c’est dur, mais c’est aussi comme ça que les gens parlent dans la rue parfois. C’est comme avec le mot nigger. Il faut faire attention. Si c’est un noir qui le dit à un autre noir, « What’s Up Nigger ?! », c’est cool. Mais si un blanc me dit nigger, cela devient un problème ! (rires) C’est la manière dont la communauté noire construit son slang, sa langue de rue. Je suis resté trois ans à Oakland. Avant ça, j’ai vécu à Barcelone, en Equateur...

Tu avais déjà eu une expérience du hip hop à Cuba avec le rapper Ofil je crois ?

Tu en connais des trucs sur ma vie ! Tu es le premier à me sortir ça ! Ofil est mon ami, c’est un des premiers à avoir fait du rap à Cuba. C’était mon voisin ! Un jour il est venu chez moi et m’a dit « Je veux être dans la musique ! Voyager, tout comme toi ! ». Je lui ai dit : « Dis ce que tu as à dire ». Il a commencé à rapper à propos de notre folklore, de Benny Moré, de la situation à Cuba... Il était très bon. Il a réussi finalement, il a eu un disque d’or au Mexique. Je suis content pour lui, car c’est moi qui l’ai amené à la musique. Depuis, je n’ai pas suivi la scène hip hop à Cuba, ça fait neuf ans que je n’y suis pas allé. C’est bon de repenser à ça ! C’était dans les années 80… Il n’y avait pas de rappers à Cuba ! Avec Ofil et Ernesto Fundora, un ami, on a mélangé hip hop, musique cubaine et jazz... Mais quand je suis arrivé aux Etats-Unis... Waouh... C’est un peu le rêve cubain, tous les cubains veulent aller aux States. Dans mon cas c’était par accident. J’étais à Barcelone, et mon visa a expiré. Impossible de retourner à Cuba ou en Equateur. La seule possibilité, c’était un visa touristique pour les Etats-Unis, ma femme et moi sommes partis !

Comment les américains ont-ils réagi à ta musique ?

Au début, ils n’ont pas réagi du tout ! Et puis un ami photographe, que ma femme et moi avions connu en Equateur, m’a amené dans un night-club où j’ai pu jouer. Et un agent, un latino très jeune, m’a proposé de me recommander à des groupes de salsa. J’étais un peu sceptique, mais il m’a permis de contacter Fito Reinoso, qui a un groupe cubain. Je n’avais jamais fait de salsa... J’ai insisté pour que Fito m’écoute, il m’a fait passer un véritable test ! J’ai essayé... Et finalement, j’ai joué avec des groupes cubains pendant un an, j’ai adoré. Entre-temps, j’ai eu envie de faire quelque chose d’autre. Je savais ce que je voulais faire, mais je venais d’arriver et personne ne me connaissait, donc personne ne voulait jouer avec moi.

Tu avais déjà le concept en tête ?

Oui. Et puis un jour, à force de rencontrer des gens avec Fito, j’ai rencontré Jesus Diaz, un des meilleurs percussionnistes au monde, et on a monté un groupe ensemble, QBA. On jouait à San Francisco, dans les festivals, et puis on a commencé à se disputer sur qui était le patron ! Maintenant c’est un truc qui n’a plus d’importance, mais à l’époque... Il disait : « Tu écris la musique, mais c’est moi le boss… » (rires) On s’est réconcilié depuis. Heureusement. J’ai besoin d’être en accord avec les esprits, d’être ouvert, clean, pour porter leur message. Dès qu’un conflit stupide basé sur l’ego intervient : « Je suis ceci ou cela... » Non, personne ne peut dire ça ! Ce sont les esprits qui détiennent la vérité, en tout.

Pour toi le rap sert à transmettre un message bien précis aux gens, à éduquer les consciences ?

Oui. C’est pourquoi je voulais Sub-Z sur cette tournée. Sub-Z et Kokayi d’Opus Akoben, c’est une nouvelle génération de MCs, qui ne veulent pas parler de meurtre et de négativité, mais d’amour, de respect des êtres humains, de la culture, de la vie. En fait... La philosophie du groupe, c’est la philosophie de Thelonious Monk. Monk disait que le jazz c’est la liberté. C’est ce que l’on veut transmettre. Car il y a tant de structures autour de nous dans la vie ! La musique ouvre une autre voie. Certains musiciens jouent live comme sur leurs albums, pareil ! OK, si tu veux le faire je comprends. Mais si tu donnes de la liberté à travers ta musique, les gens la reçoivent, et t’en donnent en retour. Je ne joues pas du jazz, je joues la philosophie du jazz. Du hip hop ? Non. Nous, on prend l’esprit du jazz, l’esprit des ancêtres, et puis on utilise le hip hop pour dire quelque chose aux gens. Mais en fait, dans ce groupe c’est du spoken word, pas du rap traditionnel. Si tu écoutes du rap, ça parle rarement d’offrir des fleurs... Nous on suit plutôt cette voie philosophique. Et c’est une voix contestataire. Pas politiquement, mais parce que l’on veut apporter de l’amour et de la paix à l’humanité. Peut-être qu’avec un morceau bien barré, on peut donner de l’amour. Ça peut sonner barré et rappeler à quelqu’un sa grand-mère (rires)… Il faut respirer l’instant présent, car il n’y a qu’une seule vie ! Cela me fait penser à la mort de mon père... C’était quelqu’un de très fort, et un jour il est mort ! On a pas le choix ! Il faut accepter, et travailler sur la réalité présente. Et c’est le moment de s’aimer les uns les autres, d’être ensemble. Quelque soit la couleur de notre peau. C’est quelque chose qui se fait ici même, en France. Dans certains coins d’Europe, mais surtout en France, à Marseille, à Paris, quelque chose se prépare. A travers ce métissage de plus en plus solide, les gens réconcilient les deux côtés. Plus de noirs ou de blancs. C’est ce que les esprits veulent nous dirent, par le biais de la musique, de l’art en général. L’art est un moyen d’exprimer ce mélange et nos différences. Que tu aimes ou pas, après, c’est ta perception.

Peux-tu parler de ta collaboration avec Will Power ?

Will est mon pote. On s’est rencontré à Oakland, par l’intermédiaire de mon premier bassiste avec qui il jouait. Je voulais un rapper dans le groupe, mais pas un rapper classique, un gars qui fasse du spoken word. Qui soit capable de parler de passion, d’amour et de l’expérience du peuple afro-américain. J’ai essayé avec un premier gars, mais il n’avait pas cette connexion avec les ancêtres. Finalement Rahsaan m’a présenté Will. Je lui ai demandé s’il connaissait les orishas (les dieux dans la santeria, nda), la religion afro-cubaine. Ce n’était pas le cas, mais il était d’accord pour apprendre. J’avais déjà les morceaux de Free Roots, je les lui ai fait écouter, il a commencé à rapper. C’était mon gars.

Peux-tu nous parler de l’album « Bembon » ?

A Cuba, cela désigne les grosses lèvres des noirs, un peu péjorativement. C’est un mot agréable pour moi, qui regroupe tout le peuple noir dans un seul et bel ensemble. Il a été mixé et presque entièrement enregistré en Equateur.

Pourquoi avoir fait ce choix connaissant les difficultés, notamment techniques ?

J’ai déjà des amis là-bas ! J’ai les bonnes connexions avec les bonnes personnes. Cet album, c’était une sacré course. J’ai essayé de le faire à l’américaine, avec toute la technologie. Mais ils ne l’ont pas ! Je me demandais comment faire... Et puis on a fait un studio avec des morceaux de quatre studios différents ! (rires)

L’album sonne bien. Il donne l’impression d’être dans la forêt équatorienne...

C’est l’album que ma femme préfère. Il est plus tiers-monde, dans la manière de sentir la passion et pour le côté relax... En fait je n’aime pas ce mot tiers-monde, car pour moi le Tiers Monde est le Premier Monde. Le Maroc, Cuba, l’Afrique, c’est le Premier Monde, où les gens sentent la force vitale, s’aiment les uns les autres.

 « Bembon » c’est le troisième volume de la trilogie, c’est ça ?

Oui, mais le nom a changé. Je devais appeler cet album Roots Within… Ma femme me disait « So many Roots... » (rires). Si tu écoutes le premier volume de la trilogie, Free Roots, j’essaye de découvrir quelque chose ; le deuxième est plongé plus intensément dans les traditions, avec les percussions. Les réponses aux questions que je me posais sont sur ce nouvel album, avec un truc nouveau : le côté occidental du quatuor à cordes. C’est devenu un des éléments du tout ; c’est ce que les ancêtres m’ont dicté. Il faut que l’on se réunisse, quelle que soit notre origine, nous partageons le même monde. Cela est de plus en plus évident : si les êtres humains ne s’unissent pas, nous allons mourir. Définitivement. Dans ce monde, si tu n’as pas d’argent, tu es mort. Cela n’a pas de sens. Bien sur, j’ai besoin d’argent pour survivre, mais tout cet argent va nous noyer...

Qu’est-ce que tu en as pensé la dernière fois que tu es allé à la Havane ?

Cela ne m’a pas marqué... En fait c’est surtout la première fois que j’ai pris l’avion pour partir de Cuba, au Congo, que j’ai été impressionné. Je me suis dit : « Que le monde est grand ! »Maintenant je le trouve si petit... La dernière fois, à Hambourg, un journaliste m’interviewe. Il me demande : « Combien d’albums tu vends », sa première question ! Quel départ, pour une interview ! Je lui ai dis : « Prends ce téléphone et demandes au label ». Je ne veux pas savoir combien d’albums j’ai vendu. C’est quelque chose qui me déconcerte : combien de ventes ? Est-ce que c’est bon ou pas ? Cela ne m’intéresse pas. Ce que nous apportons aux gens, c’est de l’amour. Si tu aimes quelqu’un, il faut le lui dire, sans bégayer. Trop de gens n’osent pas s’exprimer. On est bombardés de faux besoins et de publicité... Les gens ne prennent simplement pas le temps de remercier leurs parents, leurs professeurs... En fait, c’est ça mon travail, pas la musique. Je n’essaye pas de jouer de la musique, elle est déjà là pour nous, à travers les dieux. L’idée c’est d’amener de l’amour et de la paix. Si une seule personne le ressent, je suis heureux, car le message est transmis. Je suis d’accord avec tous les gens qui agissent en suivant une voie spirituelle... Je suis aussi d’accord avec ceux qui font du marketing ! Christina Aguilera, Ricky Martin... Car les dieux bénissent tout le monde. Certains rassemblent 400.000 personnes dans un stade ? Bien. C’est comme les footballeurs. Le football ne m’intéresse pas, mais ces gars ont un don ! Le problème, c’est la manière dont l’argent et le succès changent l’intérieur des gens. Ce jeune footballeur français, très cher, qui jouait à Barcelone...

Anelka ?

C’est ça ! Ce gars est traité comme un bout de viande, alors qu’il veut seulement jouer au football... Il avait à peine dix-huit ans, et tout le monde l’attaquait sur ses habitudes, son salaire, ses voitures... C’était pareil avec Maradona, en plus il y avait le problème de la drogue. Ces gars sont utilisés, et personne ne leur dit : « Faites ce que voulez, nous vous aimons ». Vous, les journalistes, avez le pouvoir d’influencer les esprits, de changer le marketing et la publicité. Il faut transmettre le message, apporter paix et amour aux êtres humains. Nous avons besoin de pleurer, de sourire, de nous aimer les uns les autres. D’arrêter toutes ces guerres ! Il faut réaliser que l’on est ici pour vivre la vie, et c’est tout.

Que signifie « Prietos », le titre de ton dernier album ?

Ça désigne les noirs, la peau noire. A Cuba, les gens que l’on appelle prietos sont ceux qui sont très noirs, comme les africains. Je ne voulais pas utiliser le mot africain, je voulais un mot comme bembon

C’est de l’argot ?

Bembon oui, si on veut. Le vocabulaire est une chose en mouvement...

Où a-t-il été enregistré ?

Il a été enregistré à moitié... L’enregistrement de base, à... à... J’ai oublié... (rires) Non je ne peux pas oublier ça. L’enregistrement de base, à San Francisco, puis on a enregistré des trucs à Barcelone avec des musiciens marocains. Ensuite, on est allé à Paris et on a enregistré avec des musiciens africains, afro-vénézueliens et afro-cubains. Enfin on est retourné en Equateur pour enregistrer les musiciens afro-équatoriens. Et puis, je suis retourné à San Francisco pour mixer le disque.

Tu as aussi un projet avec un orchestre symphonique, non ?

Oui, mais l’album suivant, c’est Puros. Il n’y aura ni basse ni batterie, que des instruments ethniques, avec le piano et des chanteurs. Ensuite, il y aura Padres, avec un orchestre symphonique, et de vieux maîtres : Doudou N’Diaye Rose, Papa Roncon de l’Equateur, Pancho Quinto de Cuba, un maître du genbri marocain, Ana Vasconcelos...

Les musiciens marocains avec qui tu as travaillé, ce sont des gnawas ?

Oui.

Les mêmes que ceux avec qui travaille Randy Weston ?

Oui, quasiment. Il y a Yassir Chadly qui a enregistré avec Randy Weston sur son album Spirit Of Our Ancestors.

  J’imagine que Randy Weston est un pianiste dont tu te sens proche, non ?

Oui, mais j’ai peu écouté Randy ; je l’écoute de plus en plus. C’est un des maîtres, un des pères. Je l’ai vu pour la première fois à la télévision en France, très tard un soir, il y a cinq ans. J’ai vu ce grand africain... Il jouait du piano solo... Waouh ! Ce type est puissant. Je ne parle même pas de la manière dont il joue du piano, qui est incroyable, mais de sa spiritualité, de la manière dont il s’exprime. Je suis un peu un enfant de cette voie qu’a tracée Randy.

De quels musiciens de ta génération te sens-tu proche ?

J’aime beaucoup la musique de Gonzalo Rubalcaba. Nous sommes de bons amis, on a déjà partagé la même scène. Carlos Maza est un ami aussi. Il y a trop de noms qui se bousculent dans ma tête... Mais il y a beaucoup de jeunes bons musiciens... Sinon je me sens très proche de David Murray. Il m’a invité pour un de ses derniers projets, il y a deux semaines : il a fait la musique d’un film sénégalais, une version de Carmen avec des africains.

Tu dis que quand tu joues, ce n’est pas toi, ce sont les esprits qui jouent à travers toi...C’est-à-dire, plus précisément ?

C’est simple. Je n’ai pas à y penser. Avant, j’essayais de réfléchir à ce que je jouais, de plaire aux gens. Maintenant je ne pense plus à ce que je joues. Si les esprits veulent dire quelque chose, ils le disent, sinon, ils ne disent rien ! Je peux me forcer à jouer quelque chose, mais au final cela n’aura pas de sens.

  Tu as beaucoup de chance que les esprits aient des choses à dire à travers toi !

Non, pas moi. Tout le monde à la chance de pouvoir s’exprimer. Le problème, c’est la société, qui avec toutes ses structures, met des limites aux possibilités d’expression et d’action. Mais si l’on ouvre nos âmes et nos cœurs, on réalise que l’on a besoin de liberté, pour exprimer ce que l’on a en soi. Et ce que l’on a, ce sont eux, les esprits, qui nous le donnent. Sans eux, il n’y aurait rien. Rien que des mots creux.

Interview réalisée par Mr Oat

Visuel, scratch painting, par Jean Yves Blanc