Boody Lane

hip hop mix

Some recent hip hop tracks selected by Boody Lane for Cafoutch :
Some hardcore, some sweets, some sexy vibes, some conscious lyrics, some real Mc’s out there, some sticky and funky joints, some mad scientists on the beats, some fun all along, « Cause ain’t no next life, so now I’m tryna live my best life, I’m livin’ my best life ».

01 DENZEL CURRY Ricky  
02 STORMZY Vossi Bop  
03 J.I.D Skrawberries 
04 KARI FAUX Leave Me Alone 
05 NONAME feat SMINO & SABA Ace 
06 FREDDIE GIBBS & MADLIB Crime Pays 
07 DANNY BROWN Best Life  
08 A TRIBE CALLED QUEST Dis Generation 
08 REDMAN Zugga 
09 RAVYN LENAE Sticky
10 SKEPTA Bullet From A Gun
11 EMINEM feat ROYCE DA 5’9 & WHITE GOLD You Gon’ Learn  
12 DENZEL CURRY & KENNY BEATS So.Incredible.Pkg 
13 DANNY BROWN feat RUN THE JEWELS 3 Tearz  
14 NONAME Self 
15 MADVILLAIN Avalanche  
16 MED, BLU & MADLIB Mad Neighbor  

https://boodylane.tumblr.com/

CM Jones

Motions, quand le hip-hop rime avec fusion

« Le hip-hop, c’était mieux avant ? » Vieille rengaine des bboys addicts et fan éperdus du golden age du style durant les années 90. Nombre de suiveurs du mouvement s’accordent pourtant à dépasser ce présupposé quasi rituel tant la production dans le vaste champ que détoure aujourd’hui le hip hop est pléthorique et stimulante. Pas une semaine, pas un jour sans une réjouissance à se mettre dans les oreilles, entre le revival 90’s porté par la jeune ou la plus ancienne garde east coast, l’imagination débordante aux quatre coins de la planète pour digérer et réinventer sans cesse le style, tout en respectant ses racines et codes ou, (et la liste ne sera pas exhaustive) la nouvelle école du beatmaking lancée il y a maintenant une bonne dizaine d’années par un membre de la famille Coltrane, j’ai nommé Flying Lotus.

Devant tant d’offres, difficile de faire le tri et de s’arrêter vraiment sur un projet.
Et un jour, un album sort du lot, par sa qualité musicale, c’est une base incontournable, mais surtout par la sincérité qu’il dégage et la prise de risque qu’il engage.
 Ce sont les sentiments ressentis à l’écoute du dernier album du duo franco-américain CM Jones, formé par le beatmaker Creestal et le rappeur MoShadee.

Motions est un album dense, exigeant, ne se contentant pas de resservir une formule, mais puisant aux sources du jazz fusion, de la soul tendance psychédélique et du boom bap 90’s proposant, au final, une version dépoussiérée de ce que l’on nommait, au début des années 2000, le son abstract hip hop. De l’abstract, en version vocal, avec la voix de MoShadee et des featurings de classe avec Blu, King Krab et Georgia Anne Muldrow.

Motions est également le thème de l’album, le duo reprenant ici la bonne tradition jazzistique où une ritournelle faisant office de squelette musical du disque introduit, articule et conclut l’album. Par delà cette variation, l’auditeur navigue entre des productions nu soul, d’autres plus expérimentales, des inspirations tirant vers le cosmic jazz ou d’autres instrumentations plus directement boom bap.
La production assurée par Creestal est particulièrement soignée, pointue, attentive aux détails. A quelques exceptions près, comme le morceaux Old Souls, qui s’invitera avec délice dans votre playlist du samedi soir histoire d’improviser quelques pas de danse, les titres refusent la sacro-sainte construction couplet/refrain pour privilégier des montages plus complexes, faits de montées, de respirations et de transitions. Je ne ferais pas la liste des éléments instrumentaux et arrangements que j’apprécie. Tout est bon, parce que tout est cohérent, homogène et intelligemment produit. Je peux toutefois citer les batteries, bien sûr, une base quand on parle de beatmaking, et les claviers, comme sur le merveilleux titre Pay Due, ceux de Levels également où, si vous vous aventurez à fermer les yeux, le visage de Lonnie Liston Smith apparaitra comme par enchantement.
Question voix, l’ensemble est également de haute tenue. Alors, si il faut trouver une réserve, histoire d’équilibrer ne serait qu’un peu cette chronique, j’aurais aimé écouter davantage Georgia Anne Muldrow sur Rays. Enfin, c’est vraiment pour trouver quelque chose à redire.

Il me faut également évoquer le travail d’édition, avec la publication sur Munchie Records, label géré par MoShadee et Creestal. 200 copies vinyles distribuées et numérotées, avec une pochette magnifique signée par Deuce et CoreGrafx, accompagnée par quelques goodies à l’intérieur. Vous pouvez ajouter à cela un clip récemment mis en ligne, mettant à l’image le titre Old Souls. C’est même Creestal qui s’est collé à la réalisation, avec des images tournées dans Chinatown, à New York. 

Du fait maison, mais du fait maison top-notch comme on dit de l’autre côté de l’Atlantique. L’émotion qui se dégage du disque n’est pas étrangère au processus artisanal, au sens noble du terme, dont il est l’œuvre. 
J’ai débuté ce texte en évoquant un premier préjugé entourant la communauté hip hop. Pour conclure, j’en évoque un second : l’underground. Terme galvaudé dans bien de ces usages aujourd’hui, force est de constater que pour un album comme Motions et la démarche artistique de CM Jones, il reprend tout son sens et sa force. La musique n’est ici ni une histoire de moyens, de communication virale, de name dropping ou de tendance du moment. 
La musique est ici affaire de sincérité, de travail, de complicité, de respect. 

Maintenant, vous savez ce qu’il vous reste à faire !



CM Jones - Motions (Munchie records, 2016)
https://munchierecords.bandcamp.com/album/m-o-t-i-o-n-s

Switch Groov Exp.

DXT

1997. Après vingt années de scratches et de mixes aventureux, DXT a.k.a. Grandmixer D. St. restait attaché à une certaine idée old school du DJing. Interview passionnée d’une personnalité qui aime à jouer le rôle de trait d’union entre tradition et expérimentation.
Sa renommée, il la doit surtout à Rock It, ce morceau d’Herbie Hancock qui, en 1983, mit la planète à l’heure de la break-dance. A cette époque, Grandmixer D. St. est un DJ très actif et il enregistre abondamment pour son mentor Bill Laswell. On le retrouve ainsi crédité sur de nombreux disques (de Sly & Robbie à Jalal des Last Poets en passant par... Manu Dibango), profitant - ou subissant - l’éclectisme visionnaire du producteur. Sans jamais avoir cessé ses activités, Grandmixer D. St. (devenu entre-temps DXT) a repris le chemin des studios depuis quelques années, et c’est toujours sous la direction de Laswell qu’il participe à des projets plus anticonformistes les uns que les autres. Le dernier en date : Elixir, un étrange trio de DJs/producteurs qu’il dirige de main de maître. Mais avant d’aller plus loin, et comme pour ouvrir les hostilités, DXT nous fait l’honneur d’un petit flash-back old school sur ses débuts dans le métier...

DXT
« Ma carrière de DJ a commencé dans les années 70, quand j’ai voulu m’acheter une paire de platines après avoir vu un DJ qui s’appelle Kool Herc. C’était un des premiers DJs à ne pas passer les morceaux en entier. Il prenait le meilleur de chaque chanson et il le mixait. C’est une légende dans le Bronx car c’était le seul à faire ça. Avant de le voir sur scène, tout le monde en parlait comme d’un phénomène, le génie des platines. J’ai eu l’occasion de le voir et ça a tout déclenché. Mais j’ai toujours été intéressé par la musique. Avant d’être DJ, j’étais batteur et je jouais beaucoup avec des groupes locaux. Quand j’ai entendu parlé de DJ Herc et que j’ai eu l’occasion de le voir... Ce type remplaçait un groupe entier à lui tout seul, uniquement avec une paire de platines. C’était la première fois que quelqu’un faisait ça dans notre communauté. La première fois que je l’ai vu, ça m’a vraiment impressionné. C’est comme ça que j’ai détruit la stéréo de ma mère et pas mal de ses disques, en essayant de le copier ! Puis j’ai trouvé un boulot au Mc Donald, et j’ai travaillé pour m’acheter ma première paire de platines. J’ai ensuite mis cinq mois pour me payer une mixette. Avant d’avoir ma propre paire de platines, j’utilisais le matériel d’autre DJ’s. A l’époque, je faisais plein de soirées. Je quittais le boulot et j’arrivais dans les soirées avec mon uniforme Mc Do, et je prenais les platines. Quand j’ai pu m’acheter mes propres platines, la première, je l’ai sortie de la boîte, je l’ai branchée et je n’ai fait que la regarder. Pendant cinq mois, je n’ai fait que les regarder ! Quand j’ai eu ma mixette, pareil, je l’ai installée et pendant un an, je n’ai fait que regarder mon matériel. J’avais l’impression d’être comme les savants fous au cinéma. Grâce à mon matériel, je n’avais plus besoin de celui des autres et j’ai commencé à faire mes propres soirées. Il y avait une bande de MCs qui m’accompagnaient dans les soirées, et ensemble, on formait une sorte de groupe. En fait, c’était juste un continuation logique de ce que j’avais dans l’idée. Au départ, j’étais batteur, et les platines m’ont juste permis de continuer dans mon idée d’être un musicien. Et j’avais toujours ce désir de jouer de la batterie. J’entends toujours les choses avec l’oreille d’un batteur. Pour moi, le tempo est très important, c’est vraiment un élément capital dans la musique. Puis les choses ont évolué... Après avoir joué dans plusieurs clubs, après que les gens aient commencé à parler de moi et à venir me voir sur scène... Le hip-hop est devenu commercial et tous ces gens plein de frics ont commencé à s’intéresser à cette musique. Ils ont commencé à se demander comment faire du fric à partir de là, sur notre dos, à partir de nos concepts et de nos idées. Dans le ghetto, on ne savait pas trop comment s’y prendre. Ce qu’on voulait, c’était s’amuser, faire notre truc. Comme on voulait que les gens s’amusent, on a accepté pas mal d’offres d’autres personnes qui ne pensaient, elles, qu’à faire du fric. Moi, le petit DJ du ghetto tout naïf, j’ai commencé à accepter pas mal de choses et finalement, j’ai tourné dans un film qui s’appelle Wild Style. Je devais aussi jouer dans un autre film, Beat Street. L’histoire de ce film, c’était en fait la mienne, ils ont vraiment copié ma vie. Comme le caractère principal du DJ était basé sur mon histoire, j’allais faire ce film. Mais finalement, j’ai décidé de ne pas le faire parce que je voulais partir en tournée. A ce moment là, Herbie Hancock m’avait proposé de partir en tournée avec lui. Un peu avant, j’avais participé à l’enregistrement de Rock it. Cette tournée me branchait bien, c’est pour ça que j’ai accepté tout de suite... et le film s’est fait sans moi. Voilà, c’est à peu près ce qui s’est passé dans les années 70 et 80, c’est un peu un résumé de ma carrière de DJ. Après ça, j’ai fait des trucs à droite et à gauche et je suis devenu de plus en plus connu. »

Scratch
« Peux-tu nous parler de Bill Laswell ? »

« Je connais Bill depuis 1981. Notre histoire est connectée avec Herbie. A l’époque, j’étais DJ à New-York, et comme je commençais à avoir une certaine renommée, on m’a demandé de jouer à Paris et un peu partout dans le monde. J’adorais ça. Puis, j’ai rencontré Jean Karakos (patron du label Celluloid. Ndlr) qui m’a lui-même présenté Bill. Et depuis, c’est la fête tous les jours. C’est démentiel. »

« Comment ressens-tu l’explosion actuelle de la scène des DJs, étant donné que tu as été le premier à sortir un album solo en tant que DJ (« Real deep » en 1984. Ndlr). Tu vois ça comme un phénomène de mode ? »

« Je ne pense pas que mon premier album soit vraiment un album de DJ. En fait, j’y ai fait de la musique plus traditionnelle. DJ Spooky, je ne l’ai pas encore vu sur scène mais à toutes les personnes à qui je demande ce qu’elles en pensent, toutes me répondent « C’est pas vraiment un DJ ». Du moins c’est ce que j’ai entendu, je serais assez intéressé de le voir jouer. Personnellement, j’aimerais revenir à un travail de DJ plus pur, plus traditionnel, faire le tour des boites et passer mes disques. Il y a quelques semaines, j’ai assuré les platines dans un club, The Kitchen. Je n’ai pas fait de scratches, j’ai juste passé mes disques comme un DJ de boite de nuit. De ce fait, je suis assez intéressé par ce que font d’autres personnes dans ce domaine... comment elles évoluent, comment elles préparent leurs shows. Moi, je m’intéresse plutôt aux bases du DJing. Mon truc, c’est de passer des disques et de faire bouger les gens. Le gars Spooky, je serais curieux de le voir sur scène, parce que beaucoup de gens en parlent et que j’ai lu pas mal de choses à son sujet. Certains disent que c’est le meilleur DJ du moment, d’autres que c’est pas vraiment un DJ, et moi j’aimerais me faire ma propre idée sur la question. Beaucoup de DJs ne le considèrent pas comme un DJ… »

« Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »

« Des gens m’ont dit qu’il n’avait aucun talent. Pour un gars qui prend l’appellation de DJ, ça serait un peu le Canada Dry du DJ... Mais j’aimerais bien le voir de mes yeux avant de le juger. C’est vrai qu’il a une mauvaise presse en ce moment, et il jouit d’une mauvaise réputation auprès des autres DJs. Tous ceux à qui j’ai pu parlé m’ont dit que ce type-là n’avait aucun talent, qu’il était vraiment bidon. En plus, ils ne peuvent vraiment pas le sentir. »

 « Ne penses-tu pas plutôt que Spooky est vraiment un très bon DJ, et que tous les autres DJs sont jaloux de lui ? »

« Ouais, c’est peut-être la vérité, c’est peut-être le meilleur DJ de cette putain de
planète... J’ai lu un article sur lui dans lequel le journaliste le descendait en flèche, il disait que c’était un gros nullard... il l’a carrément détruit… »

« Spooky a répondu à cet article… »

« Il a mal répondu à cet article, qui était une attaque directe à sa qualité de DJ. Des interviews, j’en fais très peu moi-même. J’ai peur qu’on m’attaque et qu’on ne me prenne pas en considération, qu’on ne prenne pas en considération mon talent ou du moins mon art. Je n’ai pas envie qu’on me descende comme on a descendu DJ Spooky. Même s’il est nul, ce n’est pas du journalisme, ça. Et lui a été assez con pour répondre de façon virulente aux attaques du journaliste. Moi, je préfère garder mes distances, faire mon truc, et après on verra. C’est pas que je n’ai pas envie de faire des interviewes, c’est juste que je n’ai pas envie d’y réfléchir. Je ne suis pas victime du succès au point de vouloir faire à tout prix des interviewes. Il y a tellement d’autres choses auxquelles je dois penser. Moi, du moment que je fais mon truc et que je m’éclate… »

« Que penses-tu de gens comme Christian Marclay, et plus généralement de la musique expérimentale ? »

« Je suis assez intéressé par la musique expérimentale faite avec des platines. D’ailleurs, j’aimerais diriger un orchestre classique genre philharmonique qui se composerait uniquement de DJs. Cela fait un an que je bosse sur ce projet. A Paris, il y a quelques mois, j’ai rencontré Cut Killer, et il m’a dit qu’il voulait être dans cet orchestre. Je lui ai faxé mon idée... la formation d’un orchestre de trente-trois DJs en vue d’un enregistrement et éventuellement, d’un show à New York. Ce sera ma contribution à l’évolution du travail de DJ. »

« Joueras-tu dans cet orchestre ? »

« Ouais, mais j’y aurai surtout une fonction de chef d’orchestre. Ce sera la continuation d’un rêve que j’ai depuis pas mal d’années... Ce serait formidable, tous ces DJs rassemblés dans un cadre magique, normalement réservé aux orchestres symphoniques... C’est un rêve qui va se réaliser. »

« Sinon, joues-tu dans une formation plus classique ? »

« A l’heure actuelle, j’ai mon propre groupe, The Last Padres, qui joue un mélange de hip-hop, de funk et de jazz. Mon but est d’éliminer tous ces noms. Mettre des étiquettes sur des musiques, c’est de la merde. Du moment que la musique est bonne, pas besoin d’y coller une étiquette. La musique, c’est pas comme un produit dans les supermarchés, un produit sur lequel on est obligé de mettre une étiquette. Pas besoin de dire « ça, c’est du jazz, du funk ou du hip-hop ». C’est de la bonne musique, un point, c’est tout ! C’est ça qui est important. La musique de The Last Padres, c’est une combinaison de toutes ces étiquettes de merde. Ce n’est plus du jazz, du funk ou du hip hop. C’est de la musique pure, celle que j’aime... Mon but, c’est de faire de la bonne musique avant tout. »

« Dans ton groupe, il y a uniquement des platines ou il y a d’autres instruments ? »

« Il y a d’autres platines mais c’est un groupe... un groupe de platines. Je m’intéresse beaucoup à tout ce travail de DJ. J’aime The Invisible Scratch Pickles, j’ai fait quelques dates avec eux, en France et en Suisse. Je vais bientôt partir en tournée en Afrique avec les X-Men. Avec le groupe Each Temples et Rob Swift des X-Men, on fait un travail interactif. Ils sont dans la même branche que moi, et on a déjà travaillé ensemble sur mon projet d’orchestre de DJs. Le fait de travailler avec ces gars me permet de revenir aux fondements mêmes de mon travail de DJ, de revenir aux sources, car j’étais parti dans un tout autre délire... Ils m’apprennent et m’aident beaucoup, et cela me permet de garder ce coté roots du DJing tout en évoluant avec mon temps. Ca me permet d’évoluer avec les nouvelles techniques. Du scratch au maniement des disques, les techniques évoluent et moi, je reste quand même un papy du DJing. Ma technique est bonne mais pas très contemporaine en regard de ce qu’eux sont capables de faire. C’est comme si je revenais à l’école, je réapprends mon boulot. Ca me permet de revenir à l’idée originelle du hip-hop. Beaucoup de gens pensent que le travail de DJ et le hip-hop, ce n’est pas la même chose. Alors qu’en fait, tout ça vient du hip-hop. Le hip-hop, c’est la base de la manipulation des disques : utiliser le meilleur du disque, scratcher, etc... On ne peut pas séparer le travail du DJ de la culture hip-hop. C’est dommage, mais c’est le problème des journalistes en général, qui n’ont pas une bonne connaissance de cette culture. Ils s’imaginent que c’est le MC qui fait la culture hip-hop, alors que les jalons de cette culture ont été posés dans les clubs, par des gens qui manipulaient les disques pour que d’autres puissent s’amuser et danser. C’est encore les journalistes qui font des séparations et mettent des étiquettes là où il ne faut pas. Et tous ces connards mal informés écrivent des articles dans lesquels ils étendent leur peu de connaissances. Ils s’imaginent qu’ils ont la clé de tout, mais ils écrivent n’importe quoi. Moi, je suis retourné à l’école pour apprendre les nouvelles technologies. Eux, ils feraient bien de vérifier leurs petits papiers pour savoir vraiment ce qu’est la culture hip-hop. Il n’y a pas une culture DJ, il y a une culture hip-hop. Tout vient du hip-hop. Le hip-hop, c’est prendre une chanson, la déchirer et la rendre encore meilleure. C’est quelque chose de vraiment dément... On écoute une bonne chanson et on se demande comment la rendre encore plus géniale, comment mélanger cette ligne de basse avec cette batterie... Dans le monde entier, des gens ont de telles idées, et ils ressentent le besoin de mélanger les musiques, de prendre le meilleur de chaque morceau et de tout mélanger. »

Propos recueillis par Alex Mony
Traduction MC2
Mixage DJ X

en écoute DXT feat. Shorty Black /Bootsy Collins / Greg Fits / Bernie Worrell

  If 6 Minutes Was 9 Minutes 

Discographie sélective

Herbie Hancock
« Future Shock » (CBS)
Herbie Hancock
« Sound-system » (CBS)
V/A
« Roots of rap - The 12 inch collection Vol.1 » (Celluloid)
« Altered Beats » (Axiom)
Mutiny
« Aftershock 2005 » (Black Arc)
Bill Laswell
« APC tracks Vol.1 » (APC)
« APC tracks Vol.2 » (APC)
The Last Poets
« Time Has Come » (Mouth Almighty)
Praxis
« Transmutation Live » (Gravity)
Elixir
« Hegalien Zone » (Ion)

JUNGLE BROTHERS

Avec son l’album Raw Deluxe, sorti en 1997, le groupe le plus sous-estimé du hip-hop américain revient en force et met les pieds dans le plat.

1997. Cela peut paraître difficile à croire, mais çela faisait déjà dix ans que les Jungle Brothers et le collectif des Native Tongues écrivaient les lettres de noblesse du hip-hop. Dix années tumultueuses, avec des hauts glorieux et des bas déprimants. Mais là où d’autres avaient connu l’ascension et la chute, les Jungle Brothers, eux, combattaient encore. Dans un genre où beaucoup parlaient de longévité mais où bien peu arrivaient à rester sur le devant de la scène, ils avaient réussi à survivre en évitant tous les pièges du business tout en conservant leur intégrité. Et si, comme certains l’affirmaient, le hip-hop était en pleine crise créative, eux ne semblaient pas l’avoir remarqué et cela ne les avait, en tout cas, pas affecté le moins du monde. En 1997, ils revenaient dans l’arène avec leur album Raw Deluxe, onze morceaux plein de beats, de méchantes rimes et de bonnes vibrations.
« Nous avons voulu produire un hip-hop de la plus haute qualité » affirme Afrika Baby Bam. « Ca a pris un moment, mais je pense que nous avons atteint le but que nous nous étions fixé et que le public est plus que prêt maintenant ! ».
Pour retrouver les vraies racines des Jungle Brothers, il faut revenir quelques années en arrière, à l’époque où le hip-hop naissant représentait un esprit 100% positif. Une époque où les graffitis commençaient à envahir les coins de rue, les parcs et les métros new-yorkais, une époque où sévissaient Afrika Bambaataa et sa Zulu Nation (dont les JBs seront plus tard des membres éminents), les Treacherous Three et les Cold Crush Brothers. C’est cet univers qui va servir de cadre aux années d’apprentissage de Nathaniel « Afrika Baby Bam » Hall, Mike G et Sammy (a.k.a. Swett Daddy), qui deviendront bientôt les Jungle Brothers.
« Nous connaissions Red Alert parce qu’il était l’oncle de Mike G. Red faisait régulièrement le DJ au Roxy et venait juste de commencer à faire une émission sur Kiss FM à New-York » explique Sammy. « Il nous amenait toujours à ses soirées et on allait à Kiss FM avec lui ». Après l’avoir observé, Sammy s’est procuré des vieilles platines et a commencé à mixer. Avec le support et les encouragement de Red Alert, il est devenu assez bon pour arriver à remplacer Red quand celui-ci s’absentait. Red Alert les a finalement tous emmené en studio pour qu’ils y enregistrent leur première démo et c’est lui qui leur a arrangé leur premier contrat avec Warlock Records.
Petit à petit, les JBs arrivent à se faire connaître et à gagner le respect du milieu underground, ce qui les pousse finalement à enregistrer un album. Dans un petit studio perdu de Coney Island, ils produisent Straight Out The Jungle, un grand classique du hip-hop qui, tout en restant en marge des productions du moment, contribue grandement à l’évolution du genre. L’album sort en 1988 sur le label Gee Street et contient notamment l’excellent Jimbrowski, un morceau en hommage au meilleur ami de l’homme construit sur un sample du Good Old Music de Funkadelic.
L’année suivante, le trio revient en studio et enregistre un deuxième album, Done By The Forces Of Nature. Le disque est encore plus funky, bourré de scratches, de beats irrésistibles et de textes intelligents d’inspiration pro-black. A cette époque naît le collectif des Native Tongues qui comprend, outre les JBs, De La Soul et A Tribe Called Quest. Tandis qu’Afrika Baby Bam produit le premier album de Monie Love Down To Earth, les Jungle Brothers au complet bossent abondamment avec ATCQ et plus sporadiquement avec De La Soul. Parallèlement à ces collaborations fructueuses, Done By The Forces Of Nature ne se vend pas aussi bien que prévu, malgré ses qualité évidentes.
Durant les trois années qui suivent, l’activité des JBs va s’en trouver réduite. En 1991, ils amènent leur contribution à la musique du film Livin’ Large et participent, aux cotés de Sly & Robbie et de plusieurs membres du P-Funk, à l’enregistrement de l’excellent Third Power de Material, produit et conçu par Bill Laswell.
En 1993, les Jungle Brothers réalisent le génial J. Beez With The Remedy, leur troisième album, qui marque un changement de direction pour le trio. Aux cotés de véritables bombes hip-hop comme

  Forty Below Trooper 

ou I’m In Love With Indica, l’album contient des plages expérimentales absolument hallucinantes qui ne manquent pas de dérouter l’amateur de base.
Les JBs décident alors de repenser leur stratégie. « A l’origine, avec Warner Brothers, on avait mordu à l’hameçon parce qu’on voyait le fric à la clé. Mais quand tu l’obtiens, ce fric, tu réalises que les travaux d’un gros label ne sont rien à coté de ceux d’un label indépendant. Nous avons été avec Warner Bros. pendant quatre ou cinq ans, ils nous ont dépouillé, vidé, alors ça a été fini. Nous avons fait des erreurs, mais cela nous a permis d’apprendre ». Mike G continue : « Ce que nous avons, la raison pour laquelle nous sommes encore ensemble, c’est notre amitié. Si nous n’avions pas été amis et si nous avions juste fait ça pour l’argent, on se serait séparé à l’heure qu’il est. Pour nous, faire partie des Jungle Brothers, c’est une question d’amitié ».
Raw Deluxe marque le retour des Jungle Brothers sur le devant de la scène hip-hop. Un album qui les voit un peu plus vieux, plus sages, plus matures, une évolution spirituelle qui apparait dans leur travail. « Nous sommes chefs de famille maintenant, ce qui nous rend plus responsables vis à vis de nos paroles et de nos actions. Nous réalisons que ce que nous faisons a des conséquences, alors nous faisons attention à ce que nous disons et à ce que nous faisons. Nous nous respectons nous-même et nous respectons les autres, mais cela ne veut pas dire que nous nous sommes ramollis, bien au contraire ! » dit Mike G., Afrika et Sammy approuvent.
Interrogés à propos de leur retour sur le label Gee Street : « Nous sommes de vieux amis, c’est un peu comme si nous revenions à la maison ». Afrika Baby Bam sourit. « Quand nous traitons avec eux, c’est le business, mais nous savons qu’ils travailleront à ce projet du mieux qu’ils le pourront ».
Raw Deluxe est entièrement produit par les Jungle Brothers, à l’exception de deux titres produits par Roc Raider et Djinji Brown (déjà remarqué chez Jean-Paul Bourrely et Shä Key). L’album exhale un parfum de spontanéité, de fraicheur, à l’image du morceau Moving Along dans lequel les JBs tirent leur chapeau aux glorieuses années de la old school. « Nous sommes comme neufs, nous renaissons. Cette vibe, ce feeling présent sur notre album n’est pas quelque chose de forcé, cela nous est venu tout naturellement » explique Afrika Baby Bam.
Dix ans après leurs débuts, les Jungle Brothers ne montrent aucun signe d’affaiblissement, ils peuvent encore envoyer la sauce avec la même fraicheur que dans leurs années d’apprentissage. Le mot de la fin sera pour Afrika Baby Bam : « Nous avons été confrontés à de grosses difficultés, mais nous en sommes venu à bout en renforçant sans cesse notre amitié, et c’est pourquoi nous sommes encore ensemble après toutes ces années. Je suis heureux d’en être là où j’en suis et je pense que Mike et Sammy le sont aussi ».

Discographie

1988 « Straight Out The Jungle » (Gee Street)
1990 « Done By The Forces Of Nature » (Warner Bros.)
1993 « J. Beez Wit The Remedy » (Warner Bros.)
1997 « Raw Deluxe » (Gee Street)


Questlove

interview

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